Le sénateur Delorme s’effondra sur sa chaise, le regard vide, comprenant que sa carrière, sa réputation et sa liberté venaient de s’évaporer en l’espace d’un dîner mondain. Sa femme pleurait sans bruit, prostrée au milieu du désastre.
Clara retira son tablier blanc. Elle le plia soigneusement, avec la rigueur d’une professionnelle, et le déposa sur la table en marbre, juste à côté de l’assiette tachée de Victor.
Elle jeta un dernier regard à la pièce. Les chandeliers d’or continuaient d’éclairer la magnificence des miroirs, mais il n’y avait plus rien de beau sous leur lumière. Il n’y avait que la vérité nue, laide et fétide d’un monde d’apparences qui venait de s’effondrer sous le poids de sa propre pourriture.
Hélène rampait à ses pieds, tentant d’attraper l’ourlet de son pantalon de toile. « Ne me laisse pas… Clara… »
Clara écarta doucement son pied.
« Vous disiez que la perfection ne dure jamais longtemps dans cette maison », murmura Clara en franchissant la porte de la salle à manger. « Pour une fois, madame, vous aviez parfaitement raison. »
Elle traversa la cuisine déserte, poussa la porte de service donnant sur le parc sombre et s’engouffra dans l’air frais de la nuit d’automne. Alors qu’elle passait le portail de fer forgé, les gyrophares bleus des véhicules d’intervention illuminèrent les arbres centenaires d’une lueur saccadée et froide.
Elle ne se retourna pas. Elle enfouit ses mains dans les poches de son manteau, inspira profondément le parfum des feuilles mortes et de la pluie naissante, et commença à marcher d’un pas ferme vers la ville, enfin libre.