— Ce sont les pièces à conviction, monsieur Miller, a répondu l’agent fédéral d’une voix de glace.

Il a désigné la première photo du doigt : — Sur celle-ci, on vous voit hier après-midi, dans un magasin d’articles de sport de Miami, en train d’acheter précisément cette batte de baseball avec un paiement en liquide.

Il a glissé la photo suivante : — Ici, vous rencontrez un courtier en assurances véreux, spécialisé dans les contrats d’assurance-vie “accidentels” souscrits à l’étranger juste avant les voyages de noces.

Marc reculait lentement, cherchant désespérément une issue vers le couloir, mais les gardes bloquaient le passage.

— Et là, a poursuivi l’agent en posant une troisième photo, on vous voit effectuer un virement en ligne de la totalité de mes économies personnelles vers un compte numéroté aux îles Caïmans, exactement deux jours avant notre mariage.

Le silence dans la cabine est devenu glacial. Marc tremblait de tous ses membres, incapable d’aligner un seul mot de défense.

Mais l’agent fédéral n’avait pas terminé. Il a tiré une dernière photographie du dossier, la plus sombre de toutes, et l’a posée bien en vue sur la table.

Chapitre 6 : Le fantôme du passé
Sur cette dernière photo, en noir et blanc, on voyait Marc à bord d’un autre paquebot de croisière.

L’image datait de trois ans plus tôt. Il se tenait souriant sur le pont supérieur, accoudé à la rampe, exactement de la même manière que la veille. Mais ce qui glaçait le sang, c’était la silhouette de la femme qui se tenait juste à ses côtés : une jeune blonde souriante, dont la disparition mystérieuse en mer n’avait jamais été élucidée par les autorités.

— Samantha Taylor, a murmuré l’agent fédéral en regardant Marc droit dans les yeux. Sa famille l’a cherchée pendant des années. Elle avait elle aussi signé une assurance-vie très généreuse à son mari. Un certain Marc Miller, qui voyageait sous un nom d’emprunt à l’époque.

J’ai croisé les bras, fixant mon ex-mari avec un mépris infini.

— Tu pensais que j’étais une simple comptable un peu trop naïve, Marc ? ai-je repris calmement. Lorsque tu as commencé à t’intéresser à mon patrimoine, mes services de renseignement ont simplement fait ce qu’ils font de mieux : creuser ton passé.

Marc a effondré ses genoux sur le sol, réalisant que le piège s’était refermé sur lui de manière définitive. Il n’y avait plus d’échappatoire.

Chapitre 7 : L’arrestation en haute mer
Les menottes ont cliqué aux poignets de Marc dans un silence de cathédrale.

Les agents fédéraux l’ont extrait de la cabine sans ménagement, le poussant dans le couloir sous les regards médusiens de quelques passagers curieux sortis de leurs chambres. Le capitaine du navire est resté en retrait un instant, me regardant avec un mélange de respect et d’étonnement.

— Madame Miller… ou quel que soit votre vrai nom, a dit le capitaine. Je suppose que cette lune de miel est définitivement annulée ?

— Disons que je vais voyager en solo désormais, Capitaine, ai-je répondu avec un sourire en coin. Et je crois que la suite du voyage va être beaucoup plus reposante.

Le lendemain matin, le paquebot a fait une escale technique d’urgence dans un port des Caraïbes pour livrer Marc aux autorités locales et fédérales, qui l’attendaient de pied ferme pour l’extrader vers les États-Unis.

Libérée de ce poids mort, j’ai passé le reste de la croisière sur le pont supérieur, un cocktail de fruits frais à la main, savourant le soleil et la brise marine.

Mais ce que Marc ignorait, c’est que son arrestation n’était que la première étape d’une réaction en chaîne bien plus vaste.

Chapitre 8 : La toile d’araignée
De retour sur le continent deux semaines plus tard, ma vie n’a pas repris son cours monotone. Grâce à mes contacts au sein du ministère de la Défense et aux preuves de blanchiment d’argent et d’assassinat que j’avais accumulées contre Marc, l’enquête s’est élargie à l’ensemble de son réseau.

Il s’avérait que Marc n’était pas un simple prédateur isolé. Il faisait partie d’un syndicat criminel international spécialisé dans l’escroquerie au mariage et l’élimination de riches héritières.

Mon ancien avocat, qui avait rédigé le contrat de mariage léonin que Marc m’avait forcé à signer, a été arrêté dans son bureau pour complicité active. Les comptes offshore ont été saisis par le Trésor public, et j’ai récupéré non seulement l’intégralité de mon capital, mais aussi une part substantielle des biens saisis aux associés de Marc à titre de dommages et intérêts.

Pendant ce temps, Marc pourrissait dans une cellule de haute sécurité en attendant son procès pour meurtre au premier degré et tentative d’homicide.

Chapitre 9 : Visite en7e secteur
Un mois après l’incident du navire, j’ai reçu une demande de visite en provenance de la prison fédérale. Marc voulait me voir.

Curieuse de voir ce qu’il pouvait bien me dire après une telle déchéance, j’ai accepté.

Vêtue d’un pantalon noir et d’un trench classique, je me suis assise de l’autre côté de la vitre blindée du parloir de la prison. Quelques secondes plus tard, Marc a été introduit par un gardien.

Il avait perdu dix kilos. Son visage était creusé, ses cheveux en bataille, et sa combinaison orange flottait sur son corps amaigri. Il s’est assis en face de moi, les poignets entravés par une chaîne reliée à la table.

Il a saisi le combiné du téléphone fixé au mur. J’ai fait de même.

— Chloé… a-t-il soufflé d’une voix rauque, presque inaudible à travers le haut-parleur. Comment as-tu pu… ? Qui es-tu vraiment ?

— Je te l’ai dit, Marc. Je suis une ancienne consultante administrative… avec de solides compétences en gestion de crise, ai-je répondu avec un calme olympien.

— Tu m’as piégé… Tu savais tout depuis le début, n’est-ce pas ?

— Depuis le jour où tu as insisté pour consulter mon relevé bancaire lors de notre deuxième rendez-vous galant, oui. Un homme qui s’intéresse plus à un plan d’épargne qu’à la couleur de mes yeux attire immédiatement mon attention.