Chapitre 1 : Le piège de l’océan
La nuit venait de tomber sur la mer de Chine, enveloppant le luxueux paquebot de croisière dans une obscurité épaisse et pesante. Pour la plupart des passagers, c’était le début d’une lune de miel idyllique, un voyage de rêve au milieu de l’immensité bleue.

Pour moi, c’était le premier acte d’un cauchemar planifié.

Le loquet de la porte de la cabine de luxe venait de s’enclencher avec un bruit sec. Clic.

J’ai tourné la tête. Marc, mon tout nouveau mari, se tenait adossé au battant. Son sourire habituel, charmant et prévenant, avait totalement disparu. À la place, ses yeux brillaient d’une lueur froide, presque animale. Dans sa main droite, il tenait non pas une coupe de champagne, mais une lourde batte de baseball en aluminium.

Le navire s’éloignait lentement de la côte, coupant l’últime cordon ombilical avec le continent.

— Ce mariage a des règles, a-t-il dit d’une voix posée, savourant chaque syllabe. Et tu vas les apprendre dès ce soir, ma chérie.

Il pensait que j’étais une proie facile. Une femme douce, discrète, rencontrée dans les bureaux feutrés d’une grande entreprise, où mon CV indiquait sagement : « Consultante administrative ».

Il ignorait tout de mon passé. Il ignorait que sous les tailleurs stricts et les dossiers Excel se cachaient dix années de service militaire intensif au sein d’une unité d’élite, avec des missions classées Top Secret aux quatre coins du globe.

Chapitre 2 : La chute du masque
Marc s’est avancé lentement, faisant tournoyer nonchalamment la batte de baseball entre ses mains, savourant sa toute-puissance.

— Tu vois, Chloé, a-t-il poursuivi en s’approchant, tu as été un peu trop curieuse ces derniers temps. Tu as posé trop de questions sur mes finances, sur mon assurance-vie, sur ce voyage… Ici, en eaux internationales, personne ne t’entend crier. Personne ne vient fouiner dans les affaires des couples mariés.

Je n’ai pas bougé. Je suis restée assise au bord du grand lit king-size, les mains posées sur mes genoux.

— Marc, tu te trompes lourdement, ai-je murmuré d’une voix faussement tremblante. On peut discuter, non ? Parlons-en…

— On ne parlera de rien du tout, a-t-il craché en levant la batte, amorçant un mouvement de balancier pour m’intimider. Tu vas signer ces papiers de renonciation d’héritage, et ensuite…

Il n’a jamais pu terminer sa phrase.

Dans un mouvement fluide, j’ai glissé mes mains le long de ma robe. J’ai retiré mon alliance de mon doigt gauche.

— Dommage, ai-je dit en la posant délicatement sur la table de chevet en bois vernis. Elle était jolie, pourtant.

Marc a cligné des yeux, surpris par mon sang-froid.

— Qu’est-ce que tu fais ?

J’ai fait craquer bruyamment mes articulations, l’une après l’autre. Le son a résonné dans la petite cabine comme une sentence.

L’expression de son visage a basculé en une fraction de seconde, passant de l’arrogance à la confusion la plus totale.

Chapitre 3 : La riposte éclair
Marc a tenté de lever la batte pour me frapper, mais il était déjà trop tard.

Pour une personne entraînée au combat rapproché, un homme armé d’une batte dans un espace confiné n’est pas un danger ; c’est une cible qui manque cruellement de mobilité.

D’une impulsion fulgurante, j’ai bondi du lit. J’ai esquivé le premier coup de balancier en me faufilant sous son bras tendu, puis j’ai exécuté un balayage sec et précis de la jambe arrière.

Bam.

Marc a perdu l’équilibre, s’étalant de tout son long sur le parquet de la cabine dans un fracas assourdissant. La batte lui a échappé des mains et a glissé sous le canapé.

Avant qu’il ne puisse pousser un cri ou reprendre son souffle, j’étais déjà agenouillée sur son dos, exerçant une pression militaire implacable sur ses cervicales, tout en lui tordant le bras en clé de bras inversée.

— Aïe ! Aïe ! Arrête ! Tu vas me casser le bras ! a hurlé Marc, le visage plaqué contre le sol, suffoquant.

— Chut, Marc. Les règles de la maison, tu te souviens ? ai-je murmuré près de son oreille.

Quelques secondes plus tard, il était totalement immobilisé, gémissant de douleur sur le sol.

C’est précisément à cet instant que la porte de la cabine s’est ouverte à volée.

Chapitre 4 : Les cavaliers blancs
Quatre agents de sécurité du navire ont fait irruption dans la pièce, matraques à la main, suivis de près par le commandant du paquebot, un homme aux tempes grisonnantes et au regard sévère.

— Baissez vos armes ! Que se passe-t-il ici ? a tonné le capitaine en découvrant le chaos.

Marc, profitant de l’effet de surprise et voyant ses sauveteurs arriver, s’est mis à hurler de toutes ses forces en me pointant du doigt d’un air théâtral :

— Elle m’a agressé ! Aidez-moi ! Cette femme est folle, elle a voulu me tuer ! Arrêtez-la !

Les agents de sécurité ont immédiatement levé leurs matraques en ma direction, me sommant de reculer.

Mais le capitaine n’a pas bougé d’un pouce. Il a simplement jeté un regard froid à Marc, puis a tourné les yeux vers moi. J’avais relâché mon emprise et je m’étais relevée, remettant tranquillement en place le pan de ma chemise.

— Capitaine, ai-je dit en saluant militairement d’un signe de tête. Je crois que nous avons un intrus à bord. Ou plutôt, un criminel.

Le capitaine a fait un signe de main aux agents de sécurité, leur ordonnant de baisser leurs armes. Un homme en civil, portant un badge officiel discrètement glissé à la ceinture, s’est alors avancé derrière le capitaine. C’était un agent fédéral des services maritimes.

Sans dire un mot, l’agent fédéral s’est approché du lit et y a déposé une épaisse liasse de photographies.

Chapitre 5 : Le dossier accablant
Marc, qui venait de se relever en se massant l’épaule, a jeté un œil aux photos étalées sur le couvre-lit. Son visage est devenu instantanément aussi blanc qu’un linge.

— Qu… Qu’est-ce que c’est que ça ? a-t-il bégayé.