Marc la fixa avec un mélange d’admiration et d’effroi.
— Tu as joué ta vie et celle de ton bébé sur une intuition.
— Non, corrigea Élodie en posant la main sur son ventre. Je l’ai jouée sur la certitude que les monstres finissent toujours par faire l’erreur de trop quand ils se croient intouchables.
Chapitre 4 : Le Procès des Bernard
Six mois plus tard. Le Palais de Justice de Paris était pris d’assaut par une foule immense de journalistes, de curieux et de manifestants réclamant justice. Le procès de la famille Bernard s’ouvrait devant la Cour d’assises.
Dans la salle d’audience bondée, la tension était à son comble. Assis dans le box des accusés, entourés de policiers, Hélène et Thomas Bernard ne ressemblaient plus en rien aux aristocrates influents d’autrefois. Hélène avait vieilli de dix ans ; ses cheveux gris n’étaient plus coiffés avec soin, et ses yeux d’ordinaire hautains étaient éteints, traqués. Thomas, quant à lui, paraissait brisé, le regard fixé sur le parquet, incapable de soutenir le moindre regard.
Du côté des parties civiles, Élodie était assise aux côtés de son avocat et de Marc Duval. Elle portait une robe noire élégante et tenait dans ses bras une petite fille née deux mois plus tôt, prénommée Julie en hommage à son frère disparu.
Le président de la Cour prit la parole pour ouvrir la séance :
— La Cour examine aujourd’hui les charges de tentative d’assassinat, complicité, détournement de fonds publics et entrave à la justice retenues contre Hélène Bernard et Thomas Bernard.
Pendant trois jours, les débats furent d’une intensité rare. L’avocat de la défense tenta désespérément de plaider la démence temporaire d’Hélène et la soumission psychologique de Thomas face à une mère tyrannique. Mais l’accusation, armée des vidéos impartiales et des témoignages accablants rassemblés par Marc et Élodie, démolit méthodiquement chaque ligne de défense.
Le moment le plus fort du procès survint lorsque Élodie fut appelée à la barre. Tenant sa fille contre elle, elle s’avança d’un pas ferme. Sa voix ne trembla pas une seule fois lorsqu’elle raconta l’enfer de son infiltration, la mémoire de son frère bafouée, et la nuit où elle avait failli perdre la vie sur l’escalier de marbre.
— Madame Bernard pensait que l’argent et le pouvoir lui permettaient de réécrire la réalité, déclara Élodie en fixant directement l’accusée. Elle a tué mon frère parce qu’il avait une conscience. Elle a essayé de me tuer parce que j’avais la vérité. Aujourd’hui, je ne demande pas la vengeance. Je demande simplement que la société se protège de ceux qui pensent que la vie humaine n’a pas de prix face à leurs intérêts.
Hélène Bernard tenta de se lever dans le box pour crier son indignation, mais ses forces la abandonnèrent et elle s’effondra sur son banc sous les huées discrètes de l’assistance.
Après quatre heures de délibération, le jury publia son verdict. Le président lut les sentences dans un silence religieux :
— Hélène Bernard est reconnue coupable de toutes les charges retenues contre elle et condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt ans. Thomas Bernard est reconnu coupable de complicité de tentative d’assassinat et détournement de fonds, et condamné à une peine de quinze ans de réclusion criminelle.
Au moment où les menottes refermèrent les poignets des condamnés pour les emmener vers la centrale pénitentiaire, Thomas leva enfin les yeux vers Élodie. Une larme coula sur sa joue. Il murmura un mot inaudible — peut-être « pardon » —, mais Élodie se détourna déjà, refusant de lui accorder la moindre emprise sur son avenir.
Chapitre 5 : Une Nouvelle Aube
Un an plus tard. La brise printanière balayait les côtes sauvages de la Bretagne. Loin du tumulte parisien, loin des souvenirs sanglants de la villa Bernard — qui avait été saisie puis vendue aux enchères au profit des victimes des détournements de fonds —, Élodie avait rebâti sa vie.
Elle habitait une petite maison en pierre surplombant l’océan Atlantique. La brume du matin se dissipait doucement sous les premiers rayons du soleil. Sur la terrasse, la petite Julie, âgée désormais de plus d’un an, faisait ses premiers pas sur l’herbe sous le regard attentif de Marc Duval, devenu un ami proche et un protecteur indéfectible.
Élodie s’avança avec deux tasses de café chaud. Elle tendit l’une d’elles à Marc et s’appuya contre la balustrade en bois, respirant l’air salé de la mer.
— À quoi tu penses ? demanda doucement Marc.
— Je pensais à Julien, répondit-elle avec un sourire apaisé. Pendant si longtemps, j’ai cru que ma vie s’était arrêtée le jour où il est mort. J’ai été consumée par la colère et la vengeance pendant trois ans. Mais ce matin… je me sens enfin libre.
— Tu lui as rendu justice, Élodie. Tu as sauvé cet enfant, et tu t’es sauvée toi-même.
Élodie posa son regard sur sa fille qui riait en essayant d’attraper un papillon dans l’herbe. Julie avait les yeux clairs de son grand-oncle Julien, une étincelle de vie indestructible qui rappelait à Élodie que l’amour et la vérité finissaient toujours par triompher des ténèbres les plus épaisses.
Le téléphone d’Élodie, posé sur la table extérieure, émit une brève vibration. Elle s’en approcha sans crainte. Il ne s’agissait plus de menaces, ni de messages cryptés de serveurs sécurisés. C’était un message de son avocat l’informant que la création de la Fondation Julien était officiellement validée par l’État. Grâce aux fonds récupérés sur la fortune saisie des Bernard, l’association allait financer et héberger des centaines d’enfants orphelins à travers le pays.
Élodie éteignit l’écran, le mit dans sa poche et retourna s’asseoir auprès de sa fille et de Marc. La page du cauchemar était définitivement tournée. Sur la falaise bretonne, le soleil montait haut dans le ciel, éclairant un horizon enfin dégagé de toute ombre.