« Tu leur diras que tu as enfin commencé à payer le prix de ton existence. Et si tu refuses de signer cet accord avant vingt et une heures ce soir, Marcus déposera le dossier complet d’insolvabilité frauduleuse au tribunal de commerce demain à la première heure. Tu perdras ta licence, tes parts, et tu finiras en faillite personnelle sous les yeux de toute la ville. »

Travis regarda l’enveloppe, puis regarda mon visage. Il y chercha une fissure, une lueur d’hésitation, ce regard coupable de mère indulgente qu’il avait manipulé toute sa vie.

Il ne trouva qu’une détermination de granit.

« Signe devant le notaire de garde en bas de l’immeuble, ajoutai-je d’une voix sereine. Il t’attend dans le hall. Ensuite, tu prendras un taxi pour te trouver une chambre dans un motel bon marché, comme Melanie me le suggérait si gentiment ce matin. C’est formateur, paraît-il. »

Il se releva lentement, comme un vieillard perclus de douleurs. Il serra l’enveloppe contre lui, incapable de prononcer un mot de plus. Il comprit enfin que le cordon ombilical n’avait pas simplement été coupé ; il avait été cautérisé au fer rouge de la justice et de l’amour-propre.

Sans un regard en arrière, il franchit le seuil et la porte blindée de mon penthouse se referma derrière lui avec un claquement métallique sourd et définitif.

Je retournai vers la grande baie vitrée. Au loin, au-delà de la baie, les lumières de Seattle perçaient les rideaux de pluie. Pour la première fois depuis la mort d’Arthur, la maison n’était pas trop grande, l’air n’était pas trop froid, et le silence n’était plus une punition.

Je repris ma coupe de champagne, savourant la fraîcheur pétillante du vin sur mes lèvres. J’avais passé deux ans à courber le dos sous l’ingratitude ; il ne m’avait fallu que trois clics et quelques signatures pour reprendre le contrôle absolu de mon destin.