« L’acte de transfert de propriété et de fondation », répondit-elle simplement. « L’ancienne Villa Villalobos à El Pedregal a été entièrement rasée le mois dernier. Les engins de démolition ont tout mis à terre, de la piscine jusqu’à la dernière pierre des fondations. »

Un frisson d’émotion mêlée de justice me traversa l’échine. « Tu l’as rasée ? »

« On ne reconstruit rien de sain sur une terre imbibée de poison et d’arrogance », dit-elle avec calme. « À la place, les travaux ont débuté pour ériger le Centre Elena Ramos : un complexe d’hébergement, d’assistance juridique et de réinsertion professionnelle pour les mères célibataires et les femmes victimes de violences domestiques. Les fonds générés par la vente des mines des Villalobos financeront intégralement son fonctionnement pour les cinquante prochaines années. Le conseil d’administration est présidé par toi, Elena. Dès que tu te sentiras prête. »

Je regardai le dossier, puis je levai les yeux vers ma mère. La jeune femme apeurée qui ramassait son verre d’eau en tremblant près d’un buffet de desserts, vêtue d’une robe en coton bon marché et suppliant un lâche de l’aimer, semblait appartenir à une autre vie, à un mauvais rêve englouti par la marée.

J’avais été frappée au sol. J’avais connu le goût amer de la poussière et les ricanements de la meute. Mais je m’étais relevée. Et dans mes veines coulait désormais la force inébranlable de celles qui ne courbent plus jamais l’échine.

Gabriel remua doucement dans son sommeil, esquissant un léger sourire aux anges. Je resserrai mes bras autour de lui, regardant l’horizon infini de l’océan où le soleil montait, éclatant et sans partage.

« Je suis prête, maman », murmurai-je avec un calme souverain. « Apprends-moi tout. »