Je tournai les talons sans attendre les excuses d’Enrique qui sanglotait sur le tapis d’Aubusson, sans prêter attention aux salutations respectueuses des invités qui s’écartaient respectueusement pour me laisser passer, et sans écouter Don Eduardo qui me suppliait à voix basse de lui accorder un entretien pour réparer le préjudice financier.

Je poussai les grandes portes battantes de l’hôtel Palace.

L’air nocturne de Madrid me frappa le visage avec une pureté glaciale mais revigorante. La Gran Vía étincelait sous les lumières des lampadaires, vibrante de vie, indifférente aux drames des salons dorés. Pour la première fois depuis trois ans, mes poumons se gonflèrent d’un air léger, libéré du poids des remords factices et de la servitude consentie. J’étais seule, ruinée sur le plan matériel, mais souveraine de mon destin. Je marchais d’un pas rapide, le dos droit, prête à reconquérir ma vie, laissant derrière moi les décombres de ceux qui avaient cru pouvoir bâtir leur paradis sur le calvaire d’autrui.