J’ai allumé une flambée dans la grande cheminée en pierre de taille. Le bois de bouleau a crépité joyeusement, chassant l’humidité et emplissant l’espace de cette odeur réconfortante de fumée noble et de sève chaude qui avait été le parfum de ma vie pendant quarante ans.

Au centre de la pièce presque vide, j’avais fait installer un unique fauteuil à oreilles en velours grenat, récupéré dans le bureau d’Arthur où les démolisseurs n’avaient pas eu le temps de pénétrer.

Sur la petite table basse à côté du feu, j’ai posé le cadre en laiton contenant notre photo de mariage. J’avais pris le temps, dans l’après-midi, de remplacer la vitre fêlée par un verre neuf, parfaitement limpide. Arthur y souriait avec cette assurance tranquille des hommes justes, la boutonnière ornée d’un œillet blanc.

Je me suis assise dans le fauteuil, une tasse de thé noir fumant entre les mains.

Le silence de la grande maison n’était plus un silence d’abandon ou de mort civique. C’était un silence de paix reconquise de haute lutte, le calme olympien d’un champ de bataille après la victoire définitive de la rigueur sur la rapacité. Daniel passerait les cinq prochaines années derrière les barreaux pour spoliation, escroquerie et fraudes financières caractérisées. Marissa verrait l’ensemble de ses comptes personnels saisis pour rembourser les créanciers et les frais de justice. Ils goûteraient enfin à cette misère matérielle qu’ils avaient voulu m’infliger sans l’ombre d’un scrupule.

Dehors, le vent d’automne faisait doucement gémir les branches du grand chêne centenaire qui montait jusqu’à la toiture.

J’ai levé ma tasse de porcelaine vers le portrait d’Arthur, dans la lueur vacillante des braises rougeoyantes.

« Joyeux soixante-dixième anniversaire, Evelyn », ai-je murmuré pour moi-même, avant de savourer ma première gorgée dans la tiédeur inviolable de mon foyer retrouvé.