Antoine a découvert les relevés internes.

Au premier regard, rien de spectaculaire.

Pas de virements vers les Bahamas.

Pas de retraits énormes.

Pas de société fantôme évident.

Mais Élise remarque une chose.

— Ces dépenses de rénovation.

Antoine se pencha.

— Oui ?

— Pourquoi sont-elles réparties entre huit prestataires ?

— C’était le plan validé par Monsieur Delmas.

— Sébastien ?

— Oui.

Victoire intervient :

— Parce qu’un seul prestataire ne pouvait pas tenir les délais.

Élise regarda les montants.

Puis les noms.

— Qui est Atelier Bellon ?

Antoine hésitant.

— Une société de décoration.

— Et Rivage Services ?

— Entretien spécialisé.

— Riviera Concepts ?

— Aménagement événementiel.

Élise une autre page.

Trois entreprises.

Trois adresses différentes.

Mais le même numéro de téléphone administratif.

Elle regarda Antoine.

— Vous aviez remarqué ?

Il blêmit.

— Non.

Victoire se raidit.

— Ça ne prouve rien.

— Je n’ai pas dit le contraire.

Élise poursuivit.

Un autre détail est apparu.

Plusieurs factures avaient été validées pour des travaux réalisés dans une aile du resort fermée depuis près d’un an.

— Pourquoi payer le remplacement complet du mobilier d’une aile qui n’accueille aucun client ?

Antoine II :

— On nous avait dit qu’elle serait rouverte cet été.

— Elle ne l’a pas été.

— Non.

Victoire commençait à perdre patience.

— Vous faites semblant de découvrir la gestion d’un hôtel. Les projets changent.

Élise se tourne vers elle.

— C’est vrai.

Puis elle ajouta :

— Mais les meubles facturés devraient toujours exister quelque part.

Silence.

Elle demande l’inventaire.

Une partie du mobilier avait bien été livrée.

Mais pas au complexe hôtelier.

Le bon de livraison indiquait une adresse à quelques kilomètres.

Une propriété privée.

Antoine a lu le document.

Puis s’arrêta.

— Cette adresse…

Victoire ferme les yeux.

Élise demande :

— Vous la connaissez ?

Antoine a dit doucement :

— C’est la villa de Monsieur et Madame Delmas.

Élise regarda Victoire.

— Votre villa.

— Attendez.

— Des meubles payés par le Domaine ont été livrés chez vous ?

— Ce n’est pas ce que vous croyez.

— J’espère bien.

Victoire s’assit.

Pour la première fois, son arrogance a disparu presque complètement.

Elle explique.

Six mois auparavant, Sébastien avait lancé une rénovation complète de plusieurs suites.

Des meubles haut de gamme avaient été commandés.

Puis le chantier avait été retardé.

Faute de stockage, une partie du mobilier avait été déplacée provisoirement vers leur propriété privée.

— Provisoirement ? demanda Élise.

— Oui.

— Depuis combien de temps ?

— Quatre mois.

— Et vous utilisez ces meubles ?

Victoire ne répondit pas.

Élise comprit.

— Donc oui.

— Sébastien disait qu’ils reviendraient quand l’aile rouvrirait.

— Et vous avez accepté.

— Oui.

— Pourquoi ?

Victoire éclata :

— Parce qu’il me répétait que tout appartenait de toute façon à la famille !

La phrase resta suspendue.

Élise parla très doucement.

— Voilà exactement le problème.

À cet instant, la porte s’ouvrit.

Sébastien entra.

Quarante-cinq ans.

Costume clair.

Visage tendu.

Il venait d’être appelé par un employé avant le verrouillage du protocole.

— Élise.

Elle le regarda.

— Tu savais que j’étais là ?

— Je viens de l’apprendre.

Son regard descendit sur les blessures.

— Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Victoire répondit avant elle :

— Elle a provoqué une scène dans le hall.

Élise se tourna vers elle.

— Je n’ai encore raconté à personne comment je me suis blessée.

Sébastien fronça les sourcils.

— Comment ?

Élise resta silencieuse.

La veille au soir, elle était arrivée anonymement et avait essayé de prendre possession de sa chambre.

La réservation avait été annulée sans explication.

On lui avait demandé d’attendre.

Puis, en quittant le resort à pied pour chercher un autre hôtel, son sac avait été arraché par un scooter dans une rue voisine.

Elle avait chuté contre un muret.

Son portefeuille avait disparu.

Mais pas le petit compartiment intérieur où se trouvait le badge Fondateur.

Le lendemain matin, elle était revenue demander à parler au directeur.

C’est là que Victoire l’avait reconnue.

Et, croyant Élise revenue pour créer un scandale familial, elle avait refusé de l’écouter.

— Tu savais qui j’étais, dit Élise.

Victoire baissa les yeux.

Sébastien se tourna vers sa femme.

— Quoi ?

— Je l’ai reconnue ce matin.

— Et tu l’as laissée au sol devant tout le monde ?

— Elle refusait de partir !

— Parce qu’elle demandait le directeur !

Victoire se défendit :

— Je pensais qu’elle venait encore contester ta gestion.

Élise regarda son cousin.

— « Encore » ?

Il se tut.

Alors elle comprit qu’il avait parlé d’elle à Victoire depuis longtemps.

Comme d’une menace.

Pas comme de la personne qui détenait encore l’autorité finale.

— Pourquoi les comptes sont-ils dans cet état, Sébastien ?

Il soupira.

— Parce que j’ai essayé d’éviter une catastrophe.

La situation était plus compliquée qu’un simple détournement.

Le resort avait perdu un important contrat avec une agence internationale.

Puis les coûts énergétiques avaient explosé.

Sébastien avait voulu maintenir le niveau de luxe sans réduire les effectifs.

Il avait repoussé certains paiements.

Déplacé d’autres budgets.

Découpé des commandes.

Utilisé temporairement du mobilier de l’entreprise chez lui.

Et surtout, il avait caché les difficultés à Élise.

— Pourquoi ?

— Parce que tu m’aurais retiré la direction.

— Tu ne peux pas le savoir.

— Tu contrôles tout dès que quelque chose te paraît anormal.

Élise répondit :

— Non. Je contrôle quand quelqu’un me dit que tout va bien alors que les chiffres disent le contraire.

Sébastien ne trouva rien à répondre.

PARTIE 3 — ÉLISE N’ÉTAIT PAS REVENUE POUR REPRENDRE LE RESORT

L’audit dura neuf jours.

Le Protocole Fondateur fut levé le soir même après sécurisation des accès.

Contrairement aux rumeurs qui se répandirent parmi les employés, personne ne fut arrêté.

Il n’y avait pas de réseau criminel.

Pas de millions disparus.

Mais les conclusions restaient graves.

Sébastien avait dissimulé la situation réelle au conseil.