Deux mois plus tard, la poussière du scandale était loin d’être retombée sur la capitale, mais Éléna avait choisi de s’en détourner pour préserver la paix de son fils. Les tribunaux avaient restitué l’identité légale de Gabriel Moreau, annulé l’acte frauduleux de Diane de Froissac, désormais incarcérée à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis dans l’attente de son procès pour crime en bande organisée. Henri Delmas était décédé dans l’unité hospitalière sécurisée de la Pitié-Salpêtrière deux semaines après ses aveux, laissant derrière lui des confessions complètes qui permirent de réhabiliter solennellement la mémoire et l’œuvre scientifique de Julien Moreau.
Éléna n’avait que faire du faste parisien ou des mondanités des grandes fortunes. Elle avait confié la gestion des actifs pharmaceutiques recouvrés à une fiducie rigoureusement contrôlée, réorientant la totalité des bénéfices vers la recherche médicale publique et vers une fondation d’aide aux mères victimes de violences institutionnelles et d’abandons forcés.
Par un après-midi ensoleillé de printemps, sur une falaise verdoyante de la côte normande dominant une mer aux reflets gris et émeraude, un petit garçon courait dans l’herbe haute, poursuivant un cerf-volant aux couleurs éclatantes. Le vent marin balayait les embruns et rabattait sur son front sa petite mèche brune, dévoilant la petite tache en croissant de lune.
Regarde, maman ! Regarde comme il vole haut ! criait Gabriel en se retournant, le visage rayonnant d’un rire pur et franc.
Éléna, assise sur un banc de pierre face à l’immensité de l’horizon, respirait l’air vif de l’océan. Elle sourit et lui fit signe de la main. Dans ce souffle marin, elle n’entendait plus les fantômes du passé ni les machines glaciales de la maternité Sainte-Catherine. Elle n’entendait que le battement régulier, puissant et indéfectible de la vie qui reprenait ses droits. Le mensonge qui avait assombri deux générations venait enfin de s’éteindre, vaincu par la mémoire du cœur et l’invincible lumière de la vérité.