Elle se précipita vers son bureau au rez-de-chaussée. Elle s’assit devant son poste de travail et tira sur la poignée du tiroir secret. Rien d’anormal en apparence. Mais lorsqu’elle leva les yeux vers l’étagère supérieure, le classeur noir en cuir avait disparu.

Le souffle coupé, Tanya sentit la panique monter comme une marée acide le long de sa gorge. Elle alluma son écran d’ordinateur. Le journal des connexions indiquait un transfert massif de fichiers via un port USB externe effectué à trois heures quarante-cinq du matin.

— Maman ! hurla-t-elle, perdant d’un coup toute sa superbe. Maman, viens tout de suite !

Patricia accourut, alarmée par le timbre suraigu de sa fille.
— Qu’y a-t-il ? Que se passe-t-il ?

— Darius sait tout. Il a pris les dossiers. Il a pris la gamine. Il a vidé l’ordinateur !

— Quoi ?! s’étouffa la vieille femme, portant la main à son collier de perles. Mais comment cet imbécile a-t-il pu… Marcus ! C’est Marcus qui l’a prévenu, j’en étais sûre, ce vaurien n’a aucune colonne vertébrale !

Tanya attrapa son téléphone portable, les mains agitées d’un tremblement incontrôlable. Elle composa le numéro de son frère adoptif, mais la boîte vocale s’enclencha immédiatement : Le numéro demandé n’est plus attribué.

— Appelle Arthur Sterling immédiatement ! ordonna Patricia, reprenant ses réflexes de stratège impitoyable. Dis-lui de lancer l’alerte enlèvement ! Si Darius a quitté le domicile avec la petite sans ton accord, c’est un délit fédéral ! Nous allons utiliser ça pour le faire coffrer avant midi !

Tanya composa frénétiquement le numéro personnel de son avocat. Le téléphone sonna une fois, deux fois, puis la voix grave et précipitée d’Arthur Sterling décrocha :
— Tanya ? Ne dites rien. Où êtes-vous ?

— À la maison ! Arthur, écoutez-moi, Darius est parti avec Nia cette nuit, il m’a volé des documents confidentiels, nous devons saisir le juge immédiatement pour…

— C’est trop tard, coupa sèchement Sterling d’un ton qui glaça instantanément le sang de Tanya.

— Quoi ? Comment ça, trop tard ?

— Vous aviez juré que votre mari était un cadre dépressif sans ressources et sans réseau, Tanya ! Vous avez omis de me dire que Robert Vance était le tuteur d’honneur de la succession de sa première femme !

Le nom de Vance fit l’effet d’une détonation dans le combiné. Patricia, qui écoutait à côté de sa fille, devint livide.
— Vance… murmura la vieille femme, les yeux écarquillés d’effroi. Cet enragé est encore vivant ?

— Non seulement il est vivant, continua l’avocat, visiblement hors de lui, mais il était dans le bureau de la juge des référés à sept heures trente ce matin avec un dossier en béton armé ! Il a les aveux écrits de votre beau-frère Marcus certifiant votre tentative de corruption et de subordination de témoin ! Il a la copie de vos échanges électroniques où vous planifiez l’internement abusif de l’enfant et la spoliation de la maison ! Et pour couronner le tout, il a produit un enregistrement médical des blessures de la petite après votre dispute d’hier soir !

— Mais… ce sont des mensonges ! cria Tanya, la voix brisée par l’hystérie. Arthur, vous êtes mon avocat, vous devez bloquer ça !

— Bloquer quoi, Tanya ?! La juge a déjà signé l’ordonnance d’éloignement d’urgence avec exécution provisoire ! Si j’interviens sans précaution, le barreau va ouvrir une enquête déontologique sur mon cabinet pour complicité de fraude procédurale ! Je retire immédiatement ma constitution dans votre dossier. Débrouillez-vous.

— Sterling ! Attendez ! Sterling !

Le bip régulier de la ligne coupée résonna dans le bureau silencieux.

Au même instant, le crissement de plusieurs pneus sur le gravier de l’allée retentit à l’extérieur.

Tanya et Patricia se précipitèrent à la fenêtre. Deux véhicules sérigraphiés de la police nationale venaient de se garer devant le perron, encadrant une berline sombre arborant le macaron officiel du tribunal de grande instance.

Chapitre 7 : L’effondrement de l’empire de sable
La sonnerie de l’entrée retentit, impérieuse, métallique, faisant sursauter les deux femmes comme un coup de feu.

Patricia tenta de reprendre contenance, lissant son peignoir d’un geste crispé.
— Ne dis rien, Tanya. Laisse-moi parler. Ces fonctionnaires n’osent rien faire contre des gens de notre rang.

Mais lorsque la porte s’ouvrit, ce ne fut pas un dialogue poli qui les attendait.

Un commissaire de police en uniforme, le visage fermé, entra sans attendre d’invitation, accompagné d’une femme d’une quarantaine d’années portant un badge de la protection judiciaire de la jeunesse, et d’un huissier de justice muni d’une épaisse serviette en cuir.

Derrière eux, sur le perron, se tenait Robert Vance. Le vieux lion du barreau portait un long manteau de laine noire, un chapeau feutre élégant et une canne à pommeau d’argent sur laquelle il s’appuyait avec une tranquille autorité.

À ses côtés, je me tenais droit. Je n’avais pas dormi de la nuit, mes yeux étaient cernés, mais la terreur qui m’avait paralysé pendant dix-huit mois s’était totalement évaporée. Je ne voyais plus devant moi que deux imposteurs démasqués.

— Madame Tanya Miller-Morrison ? demanda l’huissier d’un ton strictement protocolaire.

Tanya tenta d’esquisser son sourire mondain, mais sa lèvre inférieure tremblait de façon incontrôlable.
— Oui… c’est moi. Mais il y a un malentendu monumental, messieurs. Mon mari a enlevé ma belle-fille cette nuit et…

— Économisez votre salive, Madame, coupa froidement l’huissier en lui tendant un pli officiel cacheté. Je vous notifie par la présente l’ordonnance de protection immédiate numéro 26-B rendue ce matin par le juge aux affaires familiales. En vertu de cette décision, vous faites l’objet d’une interdiction formelle d’entrer en contact avec Monsieur Darius Morrison et la mineure Nia Morrison, sous quelque forme que ce soit, directement ou par personne interposée.

— C’est absurde ! glapit Patricia en s’avançant, l’index pointé vers l’officier. Vous savez à qui vous parlez ? Ma famille est implantée dans cette ville depuis quarante ans ! Ce bon à rien est incapable de gérer sa vie, ma fille a tout sacrifié pour lui !