« Richard, faites attention ! » cria Eleanor d’une voix rauque, retrouvant un souffle inespéré sous l’impulsion de la terreur. « Elle… elle a la clé du coffre-fort d’en bas ! Il y a l’arme de ton père ! »

Cette phrase claqua comme un coup de tonnerre dans le couloir sombre.

Chapitre 3 : La nuit des révélations
Le manoir Coleman était un labyrinthe de boiseries sombres, de tentures d’Aubusson et de parquets centenaires grinçant sous le poids du passé. Richard dévala l’escalier en colimaçon, le cœur au bord des lèvres, aveuglé par une rage mêlée d’une terreur indicible.

Dans la cour d’honneur, les phares aveuglants de l’ambulance et des berlines noires de la sécurité illuminaient la façade néo-classique sous une pluie battante qui venait de s’abattre sur la propriété. Quatre agents de sécurité en uniforme sombre jaillirent des véhicules.

« Monsieur Coleman ! » cria le chef de poste, un ancien gendarme nommé Laurent. « On a reçu votre alerte prioritaire ! Que se passe-t-il ? »

« En haut ! Vite ! » ordonna Richard d’une voix sans réplique. « Chambre de ma mère. Deux infirmiers immédiatement. Emily est blessée et ma mère a été empoisonnée sur plusieurs semaines. Bloquez toutes les issues de la propriété ! Que personne ne sorte par les grilles ! Victoria est armée et tente de fuir par les sous-sols ! »

Laurent sursauta, puis actionna instantanément sa radio : « Alerte rouge. Fermeture immédiate des grilles hydrauliques du secteur Sud et Ouest. Madame Coleman est considérée comme dangereuse et potentiellement armée. Interception sans ménagement. »

Richard ne s’attarda pas. Ignorant les avertissements de la sécurité, il s’engouffra dans l’escalier menant au garage souterrain. C’était un vaste espace froid, carrelé de gris, abritant la collection de véhicules de la famille. Au bout de l’allée, une porte blindée en acier était entrouverte : celle du bureau de chasse de son défunt père.

Richard s’avança à pas feutrés, le souffle court. L’odeur métallique de l’huile d’arme à feu flottait déjà dans l’air froid.

À l’intérieur de la pièce, Victoria, trempée par l’humidité du sous-sol, venait de briser la vitre de l’armoire forte. Dans sa main droite brillait le canon noir d’un revolver de calibre .38, l’arme que son père conservait pour la sécurité du domaine. Dans son autre main, elle serrait un dossier en cuir marron contenant des titres de propriété au porteur et plusieurs passeports.

« Ne t’approche pas, Richard, » dit-elle d’une voix métallique, les pupilles dilatées par une adrénaline frénétique. « Tu ne me retiendras pas ici pour que je pourrisse en prison. »

« Tu n’iras nulle part, Victoria, » répondit Richard avec un calme effrayant, bien qu’il sentît le canon braqué directement sur sa poitrine. « Les grilles principales sont verrouillées par des vérins hydrauliques de trois tonnes. Même avec le 4×4, tu t’écraseras contre le fer forgé. C’est fini. Pose cette arme. »

« Jamais ! » hurla-t-elle, un rire hystérique déchirant sa gorge. « Tu crois que je vais te laisser profiter de cette fortune avec ta petite sainte-nitouche d’infirmière ? Tu penses que je n’avais pas remarqué la façon dont tu la regardais ces dernières semaines ? Ce respect que tu n’as jamais eu pour moi ! Cette admiration pour son dévouement misérable ! Tu as toujours préféré les faibles, les serviles ! »

« Emily n’est pas faible. Elle a eu le courage de protéger une femme mourante pendant que toi, tu l’assassinais à petit feu par pure cupidité ! » Richard fit un pas en avant, ignorant délibérément le tremblement du canon pointé sur lui. « Tu as épousé mon nom, mon statut, mes privilèges. Tu as eu tout ce qu’un être humain pouvait désirer. Pourquoi faire ça à une vieille femme qui ne t’avait rien fait ? »

Le visage de Victoria se crispa d’un dégoût haineux.

« Parce qu’elle me détestait depuis le premier jour ! Elle savait ce que j’étais ! Elle lisait à travers mes sourires, elle me méprisait du haut de son arbre généalogique ! Elle passait ses journées à murmurer à tes oreilles que je n’étais qu’une intrigante vénale ! Et elle avait raison, Richard ! Mais elle a mis trop de temps à te convaincre, et moi, je n’avais plus le temps d’attendre qu’elle meure de vieillesse ! »

« Alors c’était vrai, » murmura une voix étranglée derrière Richard.

C’était Laurent, le chef de la sécurité, flanqué de deux agents armés de pistolets à impulsion électrique et d’armes de service. Leurs lampes tactiques inondèrent Victoria d’un faisceau blanc aveuglant.

« Madame Coleman, déposez votre arme sur le sol. Immédiatement. »

Victoria, acculée, balaya la pièce de son regard fou. La lumière crue révélait chaque ride de terreur sur son visage défait. Pendant une seconde insoutenable, le canon de son arme oscilla entre Richard et les agents. Elle ouvrit la bouche pour crier, son index se crispant sur la détente.

CLAC.

Avant qu’elle n’ait pu presser la queue de détente, le tir paralysant d’un pistolet à impulsion frappa Victoria en pleine poitrine. Deux électrodes projetèrent une décharge fulgurante. Son corps se raidit sous la violence du choc neuro-musculaire ; le revolver lui échappa des mains et rebondit lourdement sur le béton ciré, tandis qu’elle s’effondrait au sol dans un gémissement brisé, le regard vide, terrassée par sa propre défaite.

Laurent s’avança d’un pas lourd, écarta l’arme d’un coup de talon et passa les menottes d’acier aux poignets de la femme à terre.

« Police nationale prévenue, Monsieur Coleman. La brigade criminelle et le procureur de permanence sont en route. »

Richard regarda la femme avec qui il avait partagé son lit pendant cinq ans. Elle gisait là, le visage écrasé contre le ciment poussiéreux, dépouillée de tout glamour, réduite à ce qu’elle avait toujours été dans l’ombre : une criminelle sans âme.

« Emmenez-la, » ordonna Richard, le cœur glacé. « Et ne la laissez plus jamais poser un pied dans cette maison. »