Mais Marisol était déjà loin. Utilisant les immenses colonnes de marbre et les tables de buffet comme abris, elle glissa au sol avec une agilité féline. Elle bondit sur le dos du deuxième mercenaire, utilisa son élan pour lui arracher son pistolet semi-automatique, et le mit hors d’état de nuire d’un coup de crosse bien placé.

Krovitz, furieux, hurla des ordres :
— Abattez-la ! Qu’est-ce que vous faites ? Tirez dans le tas !

— Non ! ne tirez pas, vous risquez de toucher la marchandise ! rugit un autre homme de main.

Profitant de leur hésitation, Marisol se faufila à travers les balcons intérieurs. Ses sens étaient en éveil total. Chaque battement de cœur, chaque respiration de ses ennemis résonnait dans son esprit comme un métronome. Elle n’était plus guidée par la colère, mais par un instinct de survie absolu et le besoin viscéral de protéger Gabriel et tous ces innocents qui n’avaient rien demandé.

Chapitre 5 : Le face-à-face final
Dix minutes plus tard, le silence était revenu dans le grand bal. Un silence lourd, macabre, jonché de débris de verre et de champagne renversé.

Huit des mercenaires gisaient au sol, neutralisés sans un seul coup de feu mortel de la part de Marisol, qui savait exactement où frapper pour endormir ou briser la résistance de ses assaillants sans franchir la ligne rouge qu’elle s’était juré de ne plus jamais traverser.

Mais Krovitz restait debout, retenant en otage Gabriel, un couteau de chasse fermement pressé contre la gorge du jeune héritier.

— C’est terminé, Ombre ! cria Krovitz, la sueur perlant sur son front, le visage tordu par la rage. Lâche ton arme et mets-toi à genoux, ou je lui tranche la carotide ici et maintenant !

Marisol s’avança lentement depuis l’ombre des escaliers de chêne. Ses mains étaient vides. Elle regardait Gabriel, dont le regard trahissait non pas la terreur, mais une totale confiance en elle.

— Tu as perdu, Krovitz, dit Marisol d’une voix de glace. Tes hommes sont hors d’ combat, la police de Boston a été alertée par les systèmes de sécurité silencieux dès la première minute, et les sirènes retentissent déjà au loin. Tu es cerné.

— Je m’en moque ! aboya Krovitz, appuyant un peu plus la lame contre le cou de Gabriel, y faisant couler une fine goutte de sang. Je veux que tu meures en regardant l’homme que tu aimes mourir par ta faute !

Krovitz leva son bras armé, prêt à exécuter Gabriel dans un ultime sursaut de folie destructrice.

Mais il avait sous-estimé la vitesse d’une ancienne agente du Groupe Spectre.

Marisol n’attendit pas une seconde de plus. D’un mouvement sec, elle ramassa un chandelier en argent posé sur une table basse à côté d’elle et le projeta avec une force herculéenne. L’objet lourd fendit l’air et vint frapper de plein fouet le poignet armé de Krovitz dans un craquement sec.

Lâchant un cri de douleur, Krovitz lâcha son couteau.

En un éclair, Marisol franchit la distance qui les séparait. Elle glissa sous sa garde, lui assena un coup de poing dévastateur au plexus solaire, suivi d’une balayette qui projeta le chef des mercenaires à travers les portes vitrées du balcon, le faisant chuter lourdement sur la terrasse extérieure, inconscient.

Chapitre 6 : La paix retrouvée
Le manoir fut rapidement envahi par les forces spéciales de la police de Boston et les équipes médicales. Les terroristes survivants furent menottés et emmenés en quelques minutes.

Dans le grand bal dévasté, les quelques invités courageux qui étaient restés observaient la scène avec une admiration mêlée d’un profond effroi.

Gabriel s’avança vers Marisol, essuyant le peu de sang qui coulait de son cou. Il prit ses mains tremblantes — les seules mains qui avaient tremblé de toute la soirée — et les serra contre son cœur.

— Tu vas bien ? demanda-t-il, la voix brisée par l’émotion.

Marisol baissa les yeux, une larme solitaire franchissant enfin la forteresse de son visage impassible.

— J’ai brisé ma promesse, Gabriel… murmura-t-elle, la voix pleine de remords. J’avais promis de ne plus jamais devenir Ombre. J’avais promis de vivre en paix.

Gabriel leva le menton de la jeune femme pour plonger son regard dans le sien, avec un sourire d’une infinie tendresse.

— Tu n’as pas choisi la violence, Marisol. Tu as protégé les gens qu’on aime. Tu as sauvé ma vie, et celle de centaines de personnes ce soir. Tu n’es pas un monstre. Tu es une héroïne. Et peu importe ton passé… je t’aime exactement pour ce que tu es.

Autour d’eux, les quelques invités restants, y compris Arthur Sterling, s’inclinèrent respectueusement en silence, comprenant enfin la grandeur d’âme de celle qu’ils avaient, une heure plus tôt, jugée sur son simple uniforme.

Isadora Beaumont, prostrée dans un coin de la salle, les yeux rougis par la honte et la peur, quitta discrètement les lieux par une porte dérobée, comprenant qu’il y avait des mondes et des forces qu’elle ne comprendrait jamais.

Sous les lustres étincelants du manoir, au milieu des débris, Marisol laissa enfin retomber ses épaules. Le passé l’avait rattrapée, mais pour la première fois de sa vie, elle n’eut plus besoin de fuir. Elle avait trouvé un endroit où l’ombre pouvait enfin s’effacer pour laisser place à la lumière.