L’homme âgé qui venait de briser la quiétude de la soirée n’était autre que le richissime et redouté Arthur Sterling, un magnat de l’immobilier dont l’influence s’étendait de New York à Londres. Ses yeux, habituellement froids et calculateurs, étaient écarquillés d’une terreur pure. Il tremblait de tout son corps, pointant un doigt osseux vers Marisol Vega, comme si la jeune femme venait de ressusciter sous ses yeux.
— Arthur ? Qu’est-ce que vous dites ? interrogea le patriarche des Aldridge en s’avançant, les sourcils froncés par l’incompréhension. Qui est morte ? De quoi parlez-vous ?
Mais Arthur Sterling ne l’entendait plus. Ses souvenirs venaient de le submerger, le renvoyant cinq ans en arrière, dans une nuit d’enfer à Philadelphie. Une nuit où un cartel international avait tenté d’éliminer des figures politiques majeures lors d’un sommet secret.
À l’époque, une seule unité de protection rapprochée privée avait été mandatée pour exfiltrer les cibles : le Groupe Spectre. Et au cœur de cette unité d’élite opérait une agente dont le nom de code était murmuré avec respect et crainte dans les cercles clandestins : « Ombre ». Une femme capable de neutraliser six hommes armés en moins de dix secondes à mains nues. Une femme qui avait disparu corps et bien, prétendument incinérée dans l’explosion de sa propre planque lors d’un attentat suicide que personne n’avait vu venir.
Cette femme, c’était Marisol.
— C’est… c’est Ombre ! bégaya Arthur, reprenant enfin son souffle. Elle n’est pas une simple domestique ! C’est l’arme vivante la plus redoutée que les services de sécurité privés aient jamais connue !
Chapitre 2 : La vérité éclate au grand jour
Les murmures se transformèrent en vagues de panique étouffée à travers la salle de bal. Les 300 invités reculèrent d’instinct, s’écartant de Marisol comme si elle était devenue une créature de cauchemar.
Isadora Beaumont, dont le talon était toujours fermement empoigné par la jeune femme, sentit le sang quitter son visage. Sa fierté s’effondra, remplacée par une frousse glaciale. La main qui tenait son pied n’exerçait qu’une infime fraction de sa force réelle ; si Marisol l’avait voulu, elle aurait pu briser ses os d’un simple mouvement sec.
Marisol relâcha lentement la cheville d’Isadora, se redressant de toute sa hauteur. Ses yeux, autrefois baissés par modestie, brillaient désormais d’une lueur implacable, perçante et mortelle. Elle ne regarda même pas la haute société qui l’observait avec effroi. Son regard était fixé sur Arthur Sterling.
— Vous avez la mémoire vive, monsieur Sterling, dit Marisol d’une voix calme, presque musicale, mais qui résonna dans chaque recoin de la pièce. Dommage que vous ayez la langue un peu trop bien pendue.
Gabriel Aldridge s’interposa doucement, s’approchant de Marisol non pas avec peur, mais avec une tristesse infinie et une immense fierté.
— Marisol… murmura-t-il. Tu n’as plus à te cacher. Tu as choisi de fuir cette violence, de tout recommencer à zéro pour trouver la paix. Personne ici ne te jugera pour ce que tu as dû faire pour survivre.
— Tu ne comprends pas, Gabriel, répondit-elle en tournant ses yeux sombres vers lui. Quand on a été ce que j’ai été… le passé ne meurt jamais. Il attend juste qu’on vienne le réveiller.
Et comme pour confirmer ses pires craintes, le bourdonnement des téléphones portables commença. Dans les coins de la pièce, des gardes du corps et des hommes d’affaires venaient de recevoir des alertes urgentes sur leurs écrans.
Chapitre 3 : L’attaque du bal
Le lourd portail en chêne massif et en fer forgé du manoir des Aldridge explosa soudain dans un fracas assourdissant.
Des éclats de bois volant en éclats, une douzaine d’hommes lourdement armés, cagoulés et vêtus de noir, investirent le hall principal. Leurs fusils d’assaut pointés vers l’avant, ils prirent le contrôle des issues en quelques secondes. Des cris de terreur déchirèrent l’atmosphère festive. Les femmes s’effondrèrent en pleurs, les hommes levèrent les mains en l’air.
À leur tête se tenait un homme au visage balafré, un sourire mauvais aux lèvres. C’était Viktor Krovitz, un ancien baron de la pègre de Philadelphie que Marisol croyait avoir neutralisé pour de bon lors de sa dernière mission.
— Bonsoir, mesdames et messieurs ! hurla Krovitz en retirant sa cagoule, révélant un rictus sardonique. Désolé d’interrompre cette charmante soirée mondaine. Mais je cherchais quelqu’un. Quelqu’un qui a brûlé mes entrepôts, détruit mon empire et laissé pour mort.
Krovitz avança de quelques pas, balayant la salle du regard avant de s’arrêter net sur Marisol. Ses yeux brillèrent de triomphe.
— Ah… Ombre. Je savais bien que les rats de ton espèce avaient la vie dure. Tu as cru pouvoir jouer à la petite bonniche dans la haute société de Boston et oublier tes dettes ?
Les mercenaires braquèrent immédiatement leurs armes sur Marisol. Gabriel se jeta instinctivement devant elle, mais Marisol le repoussa d’un geste ferme et protecteur.
— Ne fais pas ça, Gabriel. C’est moi qu’ils veulent.
— Oh, rassure-toi, douce Marisol, ricana Krovitz en levant son arme. On va s’occuper de toi, mais on va aussi nettoyer toute cette assemblée de privilégiés pour qu’il ne reste aucun témoin. Tuez-les tous, commanda-t-il à ses hommes.
Chapitre 4 : Le réveil de l’ombre
C’est à cet instant précis que la peur quitta définitivement le corps de Marisol. La peur laissait toujours place à la précision chirurgicale.
Alors que le premier mercenaire s’apprêtait à presser la détente, Marisol pivota à une vitesse fulgurante. D’un coup de pied circulaire d’une violence inouïe, elle fracassa l’arme des mains du tireur avant même qu’il ne comprenne ce qui se passait. La crosse du fusil rebondit contre sa mâchoire, l’envoyant s’écraser inconscient sur le sol en marbre.
La salle entière retint son souffle. En une fraction de seconde, la paisible employée de maison avait disparu. L’arme vivante était de retour.
— Courez ! hurla Marisol en direction des invités pétrifiés. Cachez-vous dans les cuisines !
Un chaos indescriptible éclata. Les invités se bousculèrent pour fuir, tandis que trois autres mercenaires ouvraient le feu en direction de Marisol. Les balles sifflèrent, pulvérisant les vases en porcelaine et perçant les lourds rideaux de velours.