Les deux tueurs pivotèrent instantanément dans ma direction. Le premier tenta d’aligner son arme, mais je ne lui en laissai pas le loisir. Profitant de l’angle d’une station de soins infirmiers, je projetai contre ses jambes un chariot médical lourd en acier inoxydable garni de bouteilles de solvant. Le chariot percuta violemment ses genoux, le faisant basculer en arrière avec un juron étouffé, tandis que son arme glissait à travers la pièce.
Le second individu ouvrit le feu. Le claquement étouffé du silencieux perça l’air à trois reprises, les balles perforant les cloisons de plâtre à quelques centimètres de mon épaule.
D’un plongeon maîtrisé, je réduisis la distance qui nous séparait. À mains nues contre un adversaire armé, la vitesse et l’absence totale d’hésitation font la différence entre la survie et le trépas. Avant qu’il ne puisse réajuster sa visée, je saisis son poignet armé dans une prise en clé inversée, tournant son articulation jusqu’à entendre un craquement sinistre. L’arme tomba avec un bruit sourd. D’un coup de genou foudroyant dans le plexus solaire, je lui coupai toute capacité de riposte, le projetant inanimé contre le mur.
Le premier homme s’était toutefois relevé, un couteau de combat à lame dentelée brillant dans sa main valide. Son regard était injecté d’une folie furieuse.
« Vous ne savez pas contre qui vous vous battez, Evans », cracha-t-il entre ses dents serrées. « Ce réseau remonte jusqu’au bureau du gouverneur adjoint et aux plus hauts échelons de la logistique du Pentagone. Vous n’êtes qu’un vieil officier sur le point de partir à la retraite. Laissez-nous cette gosse et vous vivrez pour toucher votre pension. »
« Il y a des choses avec lesquelles on ne marchande pas, mon garçon », répondis-je d’un pas ferme, avançant vers lui sans reculer d’un pouce. « L’honneur de cet uniforme en fait partie. La vie d’un enfant sans défense en est une autre. »
L’homme bondit en avant dans une attaque en diagonale destinée à trancher la carotide. J’anticipai sa trajectoire par une parade basse avec mon avant-bras protégé par l’épaisse laine de mon uniforme militaire, déviant la lame vers l’extérieur. Dans le même mouvement fluide, mon poing fermé s’écrasa avec la puissance d’un marteau de forge sur sa mâchoire inférieure. L’homme chancela, les yeux révulsés, avant de s’effondrer lourdement sur le sol, inconscient pour de bon.
Au même instant, la porte de l’ascenseur central s’ouvrit avec fracas. Le chef de la sécurité militaire de la base surgit, fusil d’assaut à l’épaule, suivi d’une demi-douzaine de bérets verts de la garnison d’alerte, alertés par le centre de transmission du prévôt.
« Périmètre sécurisé ! » hurla l’officier de tête avant de baisser son arme en me découvrant debout au milieu des assaillants neutralisés. « Mon Général ! Tout va bien ? »
« Menottez ces deux individus et mettez-les au secret sous haute surveillance dans les geôles militaires », ordonnai-je en ajustant mon col et en reprenant mon souffle. « Faites fouiller leurs poches et saisissez leurs téléphones satellites cryptés. Nous tenons le fil d’un réseau de corruption fédéral. Et appelez immédiatement le procureur général des États-Unis. Nous avons des preuves complètes à lui remettre d’ici l’aube. »
Chapitre 5 : Le Réveil et la Justice
La première lueur de l’aube perça enfin les nuages lourds qui saturaient le ciel de Fayetteville, chassant la pluie torrentielle qui avait noyé la nuit. La brume matinale se dissipait lentement au-dessus des pins de Caroline du Nord, laissant place à une lumière dorée et apaisante qui pénétrait doucement par les grandes fenêtres de la chambre 312.
Assis sur un fauteuil au chevet de Sarah Vance, j’avais déposé le carnet noir et la clé de la consigne sur la table de chevet, scellés sous plastique de preuve judiciaire. L’inspecteur Miller et deux représentants spéciaux du Département de la Justice étaient déjà en route pour saisir la consigne 418, où reposaient les copies des enregistrements audio impliquant les cerveaux politiques et financiers de l’organisation illégale.
Derrick Vance, confronté aux témoignages irréfutables de sa nièce et aux preuves matérielles saisies sur les mercenaires, avait déjà commencé à avouer l’intégralité du complot dans l’espoir d’échapper à une peine de réclusion à perpétuité pour complicité de tentative d’assassinat.
Un léger gémissement rompit le calme feutré de la pièce.
Maya, qui s’était assoupie la tête appuyée sur le bord du matelas, sursauta immédiatement, dressant l’oreille.
Sur le lit, les paupières de Sarah Vance papillonnèrent faiblement sous la clarté naissante du jour. Sa main gauche, indemne, bougea timidement sur le drap, cherchant instinctivement quelque chose à quoi se raccrocher dans le brouillard de son réveil.
« Maman ? » balbutia Maya, n’osant croire à ce qu’elle voyait.
Les yeux de Sarah s’ouvrirent avec lenteur. Elle mit quelques secondes à focaliser son regard sur l’environnement stérile de la chambre d’hôpital avant que ses yeux ne rencontrent le visage radieux, baigné de larmes nouvelles, de sa fille unique.
« Maya… » murmura-t-elle d’une voix faible et éraillée par l’intubation. « Tu es là… Tu n’as rien ? »
« Je vais bien, maman. Tout va bien », sanglota la petite fille en posant délicatement sa joue contre la paume de sa mère. « Derrick n’a rien pu faire. Ce monsieur était là. Il ne nous a pas quittées. »
Sarah tourna péniblement la tête vers moi. Ses yeux fatigués croisèrent les miens, lisant dans mes traits la promesse tenue et le devoir accompli sans compromis. Elle aperçut les étoiles sur mes épaulettes, mais c’est l’humanité dans mon regard qui parut lui apporter la paix dont elle avait été privée depuis des mois.
« Merci… Général », souffla-t-elle, les larmes glissant sans retenue le long de ses tempes. « Je croyais que nous étions seules… abandonnées de tous. »
« Personne n’est abandonné tant qu’il y a des gens prêts à se lever contre l’injustice, Madame Vance », répondis-je en me levant respectueusement pour m’incliner devant son courage admirable. « Vos preuves sont entre les mains des autorités fédérales. Derrick et ses commanditaires sont hors d’état de nuire pour le restant de leurs jours. Vous et votre fille êtes désormais sous la protection intégrale et permanente de l’État. Plus personne ne lèvera la main sur votre foyer. »