« Mademoiselle Valmont, vous devez quitter les lieux. Vous avez vingt minutes pour rassembler quelques effets personnels dans vos appartements sous la surveillance d’un officier. Tout le reste demeure sous séquestre. »
Victoria leva les yeux vers Elena, qui observait les chandeliers s’éteindre un à un sous l’action du régisseur du domaine.
« Tu crois que tu as gagné ? » cracha Victoria dans un dernier sursaut de haine venimeuse, se relevant avec difficulté en s’appuyant sur un guéridon d’époque. « Tu es aussi pourrie que nous ! Tu as passé dix ans à comploter dans l’ombre, à mentir, à espionner, à détruire des vies ! Tu es devenue exactement comme mon père ! »
Elena s’arrêta un instant sur le seuil menant aux grands bureaux de l’aile ouest. Elle ne se retourna pas immédiatement. Elle contempla sa propre main, ornée de la bague au Chêne d’Émeraude, avant de jeter un regard oblique par-dessus son épaule.
« La différence entre ton père et moi, Victoria, c’est que ton père a détruit une famille innocente par simple cupidité. Moi, je n’ai fait qu’appliquer la loi de l’équilibre. Ton père a volé notre vie ; je ne fais que reprendre la mienne. Adieu, mademoiselle Valmont. Prenez un manteau chaud. La nuit de novembre est particulièrement glaciale dehors. »
Sur ces mots, Elena franchit les portes capitonnées de cuir vert du bureau directorial, laissant Victoria seule sous les yeux impassibles des policiers.
Une demi-heure plus tard, les lourdes grilles en fer forgé de l’hôtel particulier se refermèrent dans un fracas métallique sourd, verrouillées par une chaîne neuve et un cadenas scellé à la cire rouge du ministère de la Justice.
Sur le trottoir humide de l’avenue, baigné par la lueur blafarde des réverbères parisiens, Victoria Valmont se tenait debout, serrant contre elle un manteau de laine râpée récupéré dans le vestiaire des employés. À ses pieds gisaient deux sacs de voyage en toile grossière contenant quelques vêtements ordinaires et ses papiers d’identité d’urgence.
Une pluie fine et glacée commença à tomber, piquant son visage démaquillé et collant ses cheveux épars contre ses tempes. Le vent d’automne balayait les feuilles mortes le long du caniveau, les faisant tourbillonner autour de ses chevilles nues.
Elle sortit son téléphone de sa poche. L’écran s’illumina brièvement pour afficher une cascade de notifications : Avis de suspension de compte bancaire, Alerte Info : Chute de l’empire Valmont, le patron en garde à vue, Contrat de résiliation de bail. Puis, dans un faible grésillement interne, l’écran devint noir : batterie épuisée.
Victoria leva la tête vers le premier étage de l’hôtel particulier.
Derrière les hautes fenêtres aux rideaux de velours entrouverts, une silhouette solitaire se tenait immobile, une coupe de vin à la main, observant la rue déserte. Elena ne souriait pas. Elle ne jubilait pas. Elle contemplait simplement l’ordre des choses rétabli dans la nuit froide de Paris.
Victoria frissonna, remonta le col élimé de son manteau pour tenter d’échapper au vent mordant, et fit son premier pas dans la nuit, s’enfonçant seule et anonyme dans le labyrinthe obscur de la ville, sans nulle part où aller.