Le bruit de la gifle a résonné contre les murs de pierre de la galerie.

Mes lunettes de lecture, que je tenais à la main, sont tombées sur le sol. J’ai reculé, une main instinctivement posée sur mon ventre de femme enceinte.

Devant moi, mon époux, Thibaut de Lormont, me fixait avec une colère que je ne lui connaissais pas.

« CONTENTE-TOI DE PORTER MON ENFANT ! »

Quelques secondes auparavant, il m’avait brutalement saisie par les cheveux et tirée vers lui.

Derrière son épaule, sa maîtresse observait la scène sans intervenir.

Ma belle-mère, dame Agnès, s’est alors approchée.

Elle m’a agrippé le poignet pour m’éloigner de la jeune femme.

« CETTE FEMME DONNERA UN MEILLEUR HÉRITIER À NOTRE FAMILLE ! »

J’ai dégagé ma main.

« JE SUIS ENCORE TON ÉPOUSE ! »

Thibaut a fait un pas vers moi.

Mais avant qu’il puisse m’atteindre, les grandes portes de la galerie se sont ouvertes.

Martin, notre vieil intendant de soixante-cinq ans, est entré précipitamment.

Il tenait un parchemin scellé.

Il l’a posé sur la table avec une force inhabituelle.

« ALORS VOUS DEVRIEZ D’ABORD LIRE LE TESTAMENT DU VIEUX SEIGNEUR ! »

Ma belle-mère est devenue livide.

Elle s’est précipitée pour saisir le document.

Mais je lui ai bloqué le bras.

Martin a immédiatement ouvert le parchemin.

Puis il a prononcé les paroles qui allaient bouleverser notre famille.

« L’ENFANT QU’ELLE PORTE POSSÈDE DÉJÀ DES DROITS SUR CES TERRES ! »

Thibaut est resté immobile.

Sa maîtresse a échangé un regard inquiet avec lui.

Quant à ma belle-mère, elle semblait soudain terrifiée.

Je ne comprenais pas encore pourquoi.

Mais j’allais bientôt découvrir que ma grossesse était devenue l’obstacle principal à un complot préparé depuis plusieurs mois.

Je m’appelle Aliénor de Brévannes. J’avais vingt-huit ans et je vivais dans un magnifique château français à la fin du XIVe siècle.

Cinq ans auparavant, j’avais épousé Thibaut de Lormont, héritier d’une ancienne famille noble.

Notre mariage avait d’abord été heureux.

Thibaut était élégant, cultivé et semblait profondément attaché aux traditions de sa famille.

Il m’accompagnait dans les jardins, m’offrait des fleurs et me promettait que notre union serait fondée sur la confiance.

Je l’avais aimé sincèrement.

Mais sa mère, dame Agnès, ne m’avait jamais véritablement acceptée.

Elle estimait que ma famille n’était pas assez prestigieuse pour les Lormont.

Pourtant, mon père possédait des terres prospères et avait apporté une dot importante lors de notre mariage.

Cela n’empêchait pas ma belle-mère de me rappeler constamment que je n’étais qu’une épouse entrée dans leur maison.

Seul mon beau-père, le vieux seigneur Geoffroy de Lormont, me traitait avec une réelle affection.

Contrairement à son épouse, il accordait davantage d’importance aux actes qu’aux titres.

Il appréciait que je m’intéresse à la gestion des récoltes, aux besoins des familles vivant sur nos terres et aux comptes du domaine.

Un jour, après une mauvaise moisson, je lui avais proposé de reporter une partie des redevances dues par les paysans les plus touchés.

Il avait longuement étudié mes calculs.

Puis il avait déclaré :

« Aliénor, tu comprends mieux que bien des nobles qu’une terre n’a de valeur que si ceux qui la cultivent peuvent y vivre. »

Je n’avais jamais oublié ces paroles.

Quelques mois plus tard, j’avais appris que j’attendais mon premier enfant.

Geoffroy avait été profondément heureux.

Il avait posé ses mains sur les miennes et m’avait promis que son petit-enfant ne manquerait jamais de protection.

Mais sa santé déclinait.

Il s’était éteint quatre mois avant les événements de la galerie.

Après sa mort, tout avait changé.

Ma belle-mère avait repris le contrôle des affaires domestiques.

Thibaut passait de plus en plus de temps avec une jeune aristocrate nommée Héloïse d’Aubrecourt.

Elle portait de magnifiques robes ivoire et rouge.

Elle était ambitieuse, séduisante et appartenait à une famille influente.

Au début, j’avais essayé d’ignorer leurs regards complices.

Mais bientôt, Héloïse avait commencé à agir comme si elle était déjà maîtresse du château.

Elle donnait des ordres aux servantes.

Elle choisissait les décorations des salons.

Et elle s’asseyait ouvertement près de mon époux pendant les repas.

Lorsque je protestais, Thibaut me reprochait ma jalousie.

« Tu es enceinte, Aliénor. Tu devrais penser à notre enfant plutôt que de chercher des disputes. »

Je lui avais demandé s’il entretenait une relation avec Héloïse.

Il avait refusé de répondre.

Puis, un matin, ma belle-mère m’avait convoquée dans la galerie principale.

C’était une pièce magnifique, illuminée par de grandes fenêtres gothiques.

Des tapisseries fleurdelisées couvraient les murs de pierre claire.

Des meubles en chêne sculpté entouraient une longue table où étaient disposés des bouquets de fleurs fraîches.

Thibaut était déjà présent.

Héloïse se tenait près de lui.

Ma belle-mère m’a observée froidement.

« Aliénor, il est temps de parler de l’avenir de notre maison. »

Je me suis assise.

« Je vous écoute. »

Elle a désigné Héloïse.

« Cette jeune femme possède toutes les qualités nécessaires pour renforcer notre lignée. »

J’ai regardé mon époux.

« Que signifie cette conversation ? »

Thibaut a évité mon regard.

« Ma mère estime qu’il faut préparer notre avenir autrement. »

J’ai senti mon ventre se contracter d’angoisse.

« Notre avenir ? Nous attendons un enfant ! »

Héloïse a souri.

« Un enfant ne suffit pas toujours à garantir la grandeur d’une famille. »

Je me suis levée.

« Vous n’avez aucun droit de parler ainsi de mon bébé ! »

C’est alors que Thibaut m’a brutalement attrapée par les cheveux.

La confrontation a dégénéré en quelques secondes.

Il m’a giflée.

Ma belle-mère a tenté de m’écarter.

Et le nom de notre enfant a été prononcé comme s’il représentait une menace pour la famille.

Puis Martin est arrivé avec le testament.

Je fixais maintenant le document ouvert sur la table.

« Martin, expliquez-moi ce que cela signifie. »

Le vieil intendant a posé un doigt sur une ligne du parchemin.

« Avant sa mort, le seigneur Geoffroy a pris des dispositions particulières concernant certaines terres qu’il possédait personnellement. »