Il a levé la main pour me faire peur… mais ce qu’il cachait sur son ordinateur allait détruire bien plus que notre mariage
Son épaule a bougé.
Je n’ai pas réfléchi.
Mon corps a réagi avant mon esprit.
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Julien a lancé sa main vers mon visage et, pendant une fraction de seconde, j’ai revu la salle de sport de mon père, les tapis gris, l’odeur du cuir, sa voix qui répétait toujours la même chose.
Ne reste jamais là où le coup doit arriver.
Je me suis décalée.
Sa main a traversé le vide.
Julien a eu l’air surpris.
Pas effrayé.
Surpris.
Comme si, dans sa tête, la scène avait déjà été écrite.
Il levait la main.
Je baissais les yeux.
Je pleurais.
Je m’excusais.
Je promettais de rester.
Sauf que rien de tout ça ne s’est produit.
Il s’est retourné brusquement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Sa voix n’était plus calme.
Je reculais déjà vers le plan de travail.
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— Je t’ai dit de baisser ta main.
Il m’a regardée comme si je venais de l’insulter.
— Tu te prends pour qui ?
— Pour quelqu’un qui veut sortir d’ici.
Il a fait un nouveau pas.
— Tu ne vas nulle part.
J’ai senti mon souffle devenir plus court.
Pas à cause de la peur.
À cause de cette lucidité étrange qui arrive parfois au pire moment.
Je voyais tout.
La distance entre nous.
La chaise derrière lui.
Le bord de la table.
La porte du couloir.
Mon téléphone posé près de l’évier.
Et surtout ses mains.
Toujours regarder les mains.
Mon père disait que le visage ment.
Les mains, beaucoup moins.
Julien a tenté de m’attraper le poignet.
Je me suis dégagée.
Il a serré les dents.
— Arrête ton cinéma.
— Ne me touche pas.
— Tu vas te calmer.
— Ne me touche pas.
Il a recommencé.
Cette fois, plus vite.
Ses doigts ont accroché ma manche.
J’ai pivoté, libéré mon bras et repoussé son épaule pour créer de la distance.
Il a trébuché contre une chaise.
Le bruit a claqué dans la pièce.
Il m’a fixé.
Et dans ses yeux, j’ai vu quelque chose qui m’a fait plus peur que sa colère.
L’humiliation.
Il n’était pas seulement furieux parce que je voulais partir.
Il était furieux parce que je n’avais pas peur comme il l’avait prévu.
— Tu viens de me frapper ? a-t-il demandé.
— Je t’ai repoussé.
— Tu viens de lever la main sur moi.
— Tu essayais de m’attraper.
Il a éclaté d’un rire bref.
— Personne ne va te croire.
Cette phrase m’a glacée.
Pas parce qu’elle me semblait vraie.
Parce qu’elle était trop prête.
Trop naturelle.
Comme s’il l’avait déjà prononcée.
À quelqu’un d’autre.
Je l’ai regardé.
— Tu as dit ça à Marion aussi ?
Son visage s’est vidé.
Juste une seconde.
Mais je l’ai vue.
Cette minuscule seconde où il n’était plus en train de jouer.
— Ferme-la.
— Tu lui as dit que personne ne la croirait ?
— Je t’ai dit de fermer ta putain de bouche.
Il s’est avancé encore.
Je n’ai pas reculé.
— Combien de fois tu l’as frappée ?
— Élise.
— Combien ?
— Je te préviens.
— Combien de femmes avant moi ?
Il a foncé.
Pas comme quelqu’un qui veut discuter.
Comme quelqu’un qui vient de décider que les mots ne suffisent plus.
Il a essayé de me saisir aux épaules.
J’ai protégé mon visage, cassé son élan et déplacé mon poids.
Tout s’est passé très vite.
Son pied a accroché le pied de la chaise renversée.
Il a perdu l’équilibre.
Je l’ai repoussé pour l’éloigner de moi.
Julien est tombé lourdement sur le carrelage.
Le bruit m’a semblé énorme.
Puis plus rien.
Seulement sa respiration.
La mienne.
Et le bourdonnement du réfrigérateur.
Je suis restée immobile.
Mes mains tremblaient maintenant.
Enfin.
Julien s’est redressé sur un coude.
— Espèce de folle…
Je n’ai pas bougé vers lui.
Je me suis souvenue de la voix de mon père.
Dès que le danger s’arrête, toi aussi tu t’arrêtes.
Je suis restée à distance.
— Ne te relève pas vers moi.
— Tu vas le regretter.
— Non.
Ma voix a tremblé, mais je l’ai quand même dit.
— Cette fois, non.
Je me suis dirigée vers mon téléphone.
Julien a compris.
— Tu fais quoi ?
Je l’ai pris.
— Élise.
J’ai déverrouillé l’écran.
— Élise, pose ce téléphone.
— Non.
Il s’est remis debout.
J’ai immédiatement reculé.
— N’avance pas.
Il a levé les mains.
— D’accord. D’accord. Regarde-moi. On s’énerve tous les deux.
Je l’ai presque regardé avec incrédulité.
— Tous les deux ?
— Oui. On a dépassé les limites.
— Tu as essayé de me frapper.
— Je n’ai pas frappé.
— Parce que j’ai esquivé.
— Tu interprètes.
Je n’arrivais pas à croire ce que j’entendais.
Moins d’une minute plus tôt, il m’avait foncé dessus.
Et déjà, il réécrivait la scène.
— Je vais appeler la police.
Ses yeux ont changé.
— Tu ne vas pas faire ça.
— Si.
— Réfléchis.
— J’ai beaucoup réfléchi ces deux dernières années.
— Élise, écoute-moi.
— Non. C’est terminé.
Je me suis éloignée jusqu’au salon, sans lui tourner le dos.
L’ordinateur était encore sur la table.
À moitié fermé.
En passant, quelque chose sur l’écran a attiré mon attention.
Le dossier Marion était toujours ouvert.
Mais à gauche, dans l’arborescence, il y en avait d’autres.
Des noms.
Plusieurs.
“Camille.”
“Sophie.”
“Anaïs.”
Et un dossier sans prénom.
Seulement une date.
Mon ventre s’est noué.
Julien a vu mon regard.
Il a pâli.
— Ne touche pas à ça.
Cette fois, ce n’était pas un ordre en colère.
C’était de la panique.
Je l’ai regardé.
Puis l’écran.
Puis lui.
— C’est quoi ?