L’eau continuait de couler derrière la porte de la salle de bain. Un grondement régulier, étouffé par les cloisons fines de l’appartement, qui scandait la fin de trois années d’attente. Tanya ne pleura pas. Ses mains ne tremblaient pas non plus lorsqu’elle remit son maillot de bain bleu au fond du tiroir, sous des pulls d’hiver qu’elle n’aurait pas dû regarder avant six mois. Quelque chose en elle, une mécanique fragile faite d’indulgence, de compromis silencieux et d’efforts invisibles, venait de se rompre avec la netteté d’un verre brisé net. Ce n’était pas de la colère bouillonnante. C’était un froid minéral, une lucidité tranchante qui chassait toute illusion sur les dix années qu’elle venait de passer aux côtés de Viktor.
Viktor avait toujours fonctionné ainsi. Chez lui, l’autorité ne s’imposait pas par la violence ou les éclats de voix, mais par le fait accompli. Il décidait, réglait la situation à…