La Robe de Tulle et les Comptes d’Apothicaire Warren avait toujours eu cette démarche assurée des hommes qui pensent que la chance leur appartient par droit de naissance. Lorsqu’il franchit les lourdes portes à battants en chêne de la salle d’audience numéro quatre du comté de Summit, il ajusta sa cravate en soie marine avec une décontraction presque insolente. Il portait un costume trois pièces sur mesure, un tissu gris anthracite dont le drapé impeccable trahissait un prix à quatre chiffres. Dans son sillage flottait une odeur tenace de bergamote et de cuir cher. Il m’adressa un hochement de tête poli, presque condescendant, semblable à celui qu’un aristocrate accorderait à une marchande de légumes un jour de marché. Son avocat, un jeune homme aux tempes prématurément dégarnies et à la sacoche en cuir luisant, lui glissa un mot à l’oreille. Warren sourit à demi, sûr de son fait.
Il pensait que cette convocation d’urgence n’était qu’une énième dispute domestique, un accès d’amertume post-divorce que son charme habituel et quelques formules bien rodées désamorceraient en vingt minutes. Après tout,…