Elle se retourna vers la salle. Les conversations reprirent immédiatement, plus animées, plus joyeuses, comme si une mauvaise onde venait d’être définitivement chassée par la fenêtre. Un éclat de rire fusa au bout de la grande table. Le bruit des verres qui trinquent, le craquement irrésistible de la croûte chaude, la mélodie des fourchettes contre la faïence rustique : c’était la musique de la vraie vie, celle qui ne ment jamais.
Audrey rejoignit son fils derrière le comptoir de service. Micah leva les yeux vers elle et pointa du doigt la broche sur son tablier.
— Regarde, maman, dit-il en souriant. Le grain tordu brille encore plus ce soir.
Audrey posa ses doigts sur l’or de son enfance, sentant la petite courbure sous sa peau. Elle sourit, un sourire vrai, lumineux, qui lui montait du fond des entrailles et illuminait son visage d’une beauté que les années de doute n’avaient pu faner.
— C’est normal, mon grand, murmura-t-elle en déposant un baiser sur le sommet de sa tête. C’est le grain qui a résisté à la morsure. C’est toujours celui-là qui donne la plus belle farine.