« Tu trouveras toujours une excuse. »
Mathieu, de son côté, connaissait Thomas et ne doutait pas de la nature professionnelle de notre rendez-vous.
Mais lorsqu’il demanda à sa mère de cesser ses insinuations, elle lui répondit qu’il était aveuglé par l’amour.
Ce soir-là, il me promit d’avoir une conversation sérieuse avec elle.
Je l’entendis parler longtemps dans son bureau.
Pourtant, le lendemain, Geneviève continuait de traiter Sophie comme la future maîtresse des lieux.
J’étais épuisée.
Je ne voulais plus me disputer.
Je voulais simplement terminer les arrangements floraux puis rentrer avec Mathieu dans notre appartement, situé dans une aile indépendante du domaine.
Mais Geneviève avait décidé que je ne quitterais pas cette réception en tant qu’épouse de son fils.
Le jour venu, le jardin ressemblait à celui d’un mariage.
Des arches de roses blanches encadraient l’allée centrale.
Les tables étaient couvertes de nappes élégantes et de fleurs fraîches.
Sophie arriva dans une robe blanche.
Geneviève l’accueillit avec une tendresse qu’elle ne m’avait jamais témoignée.
« Tu es magnifique. Exactement comme il faut pour une future épouse. »
Je compris soudain.
La réception avait été organisée pour annoncer publiquement que Sophie remplacerait la femme de Mathieu.
Mais Mathieu n’était même pas présent.
Il travaillait sur un chantier près d’Avignon et devait rejoindre les invités plus tard.
Sa mère avait choisi son absence pour créer une situation dont elle espérait qu’il serait difficile de se dégager.
Je m’approchai d’elle.
« Vous ne pouvez pas organiser des fiançailles pour un homme déjà marié sans même lui demander son accord. »
Elle posa une main sur mon bras.
« Nous verrons ce qu’il choisira lorsqu’il aura compris qui tu es vraiment. »
Puis elle éleva la voix devant ses invités.
« Cette femme a trahi mon fils ! »
Je protestai.
Elle arracha mon bouquet.
Et l’humiliation commença.
Après l’arrivée de Gabriel, les invités entourèrent Sophie.
Elle tentait de reprendre la photographie.
« C’est une vieille histoire ! » répétait-elle.
Gabriel la regarda, bouleversé.
« Une vieille histoire ? Nous avons annoncé nos fiançailles il y a un mois ! »
Il avait trente-six ans, les cheveux sombres et le visage marqué par un voyage précipité.
Il expliqua qu’ils étaient ensemble depuis quatre ans.
Ils avaient fondé une petite entreprise de décoration événementielle. Il gérait les installations et les relations avec les fournisseurs, tandis que Sophie cherchait les clients.
Il l’avait demandée en mariage devant leurs proches.
Elle avait accepté.
« Tu m’as dit que tu partais en Provence pour développer notre activité », murmura Gabriel.
Sophie détourna les yeux.
« C’est ce que je faisais. »
« Alors pourquoi suis-je venu ici pour découvrir que tu prétends épouser un autre homme ? »
Un silence pesant suivit sa question.
Geneviève s’avança.
« Monsieur, il doit y avoir un malentendu. Sophie m’a assuré qu’elle était célibataire. »
Gabriel sortit son téléphone.
Il montra un message reçu la veille.
Sophie lui avait écrit qu’elle rentrerait bientôt pour organiser leur mariage.
La réception provençale avait lieu le lendemain.
Je regardai Sophie.
« Tu lui promettais un mariage pendant que tu préparais le mien à être détruit. »
Elle serra les poings.
« Tu ne comprends pas ce qui est en jeu ! »
Gabriel répondit :
« Alors explique-le. »
Sophie finit par avouer qu’elle avait voulu obtenir un contrat important auprès du domaine familial.
Son entreprise traversait une période difficile.
Elle espérait que Geneviève lui ouvrirait les portes de clients fortunés.
Mais au fil des semaines, elle avait compris que ma belle-mère rêvait de la voir épouser Mathieu.
Au lieu de corriger ce malentendu, elle l’avait encouragé.
Elle avait laissé Geneviève croire qu’elle était libre.
Elle avait flirté avec Mathieu devant moi, tout en continuant de promettre à Gabriel un avenir commun.
« Je voulais seulement sécuriser ma carrière », murmura-t-elle.
Gabriel secoua la tête.
« Tu pouvais obtenir des contrats sans mentir sur nous. »
Elle essaya de lui prendre la main.
Il recula.
« J’ai consacré mes économies et des années de travail à notre entreprise. Et toi, tu m’as laissé préparer notre mariage pendant que tu jouais à être la fiancée d’un autre homme. »
Je sentis sa douleur.
Je venais de passer une heure à défendre mon propre mariage devant des inconnus.
Lui venait de découvrir que la femme qu’il aimait utilisait ses promesses comme une sécurité pendant qu’elle cherchait une vie plus avantageuse.
Nous étions deux personnes que Sophie avait tenté de tromper.
Pour des raisons différentes.
Geneviève refusa d’abord d’admettre son erreur.
« Qu’importe ses anciennes fiançailles ! Un engagement peut être rompu ! »
Je me tournai vers elle.
« Oui. Mais Sophie vous a menti pour obtenir votre confiance. »
« Cela ne change rien au fait que tu n’es pas digne de mon fils. »
Je regardai les fleurs écrasées à ses pieds.
« Voilà donc la véritable raison de cette réception. Vous n’avez aucune preuve contre moi. Vous vouliez simplement que je parte. »
Elle ne répondit pas.
Une de ses amies, Madame Roche, s’avança.
« Geneviève, tu nous as invités pour célébrer une union à laquelle ton fils n’a même pas donné son accord. Et maintenant nous découvrons que la prétendue fiancée est déjà engagée ailleurs. »
Ma belle-mère pâlit.
Pour une femme qui avait passé sa vie à contrôler son image, entendre une amie lui reprocher publiquement son comportement était plus douloureux que toutes mes protestations.
Mais je n’avais plus envie de la voir humiliée.
Je voulais simplement sortir de ce jardin avec ma dignité intacte.
Mathieu arriva moins d’une heure plus tard.
Une invitée l’avait appelé.
Il traversa le jardin encore rempli de fleurs abandonnées et de chaises déplacées.
Lorsqu’il m’aperçut, debout près de la table, il s’arrêta.
« Élise, qu’est-ce qui s’est passé ? »
Je lui montrai le bouquet détruit.
Puis je lui racontai les accusations, la tentative de me forcer à genoux et l’annonce des prétendues fiançailles.
Son expression se durcit.
« Maman, tu as annoncé que j’allais épouser Sophie ? »