Un après-midi, il est venu chercher quelques livres. Nous avons bu un café dans la cuisine. Il m’a dit : « Je t’aime toujours. Et je sais que je ne mérite pas que tu me croies simplement parce que je le dis. »

J’ai regardé par la fenêtre les marches où mes affaires avaient été jetées. « Je ne sais pas si je peux continuer ce mariage, Adrien. Ce n’est pas la maison qui compte le plus. C’est ce que tu as accepté qu’on fasse à celle qui y vivait avec toi. »

Il a posé sa tasse. « Je comprends. »

Cette fois, il n’a pas essayé de transformer ma réponse en débat. C’était peut-être son progrès le plus sincère. Pourtant, le progrès d’un autre n’oblige personne à rester pour en attendre les résultats.

J’ai finalement engagé une procédure de divorce. Nous avons convenu de régler calmement les questions pratiques avec nos conseils respectifs. Je n’ai pas demandé à Adrien de devenir mon ennemi. Je lui ai simplement dit que je ne pouvais plus être sa femme.

Quant à Brigitte, elle a fini par comprendre que le parfum qu’elle désirait n’était pas le véritable enjeu. Elle voulait être la personne dont les souhaits passaient avant les miens, même sous mon propre toit. Elle croyait qu’en jetant mes valises, elle me rappellerait ma place. Son geste m’avait au contraire donné la force de décider où je voulais être.

J’ai fait réparer la valise dont la poignée s’était brisée. La robe ivoire a retrouvé sa couleur après un nettoyage, mais j’ai conservé une petite photographie d’elle abandonnée dans les fleurs. Pas pour entretenir ma colère. Pour me souvenir de ce matin où quelqu’un m’avait ordonné de quitter ma propre maison, et où j’avais enfin cessé de demander la permission d’y avoir ma place.

La porte en bois clair est toujours là. Les marches aussi. Lorsque je les franchis maintenant, je n’entends plus la voix de Brigitte. J’entends le bruit de mes clés dans ma main. Et cette maison, pour la première fois depuis longtemps, ressemble de nouveau à un endroit où je peux vivre librement.