« Nous avons la sauvegarde du protocole Janus », expliqua Sarah à voix basse. « Elias a réussi à extraire les registres complets. Mais nous avons besoin du certificat miroir pour prouver que l’identifiant 00-ALPHA est lié à ses comptes personnels. »

Vanessa releva brusquement la tête, une étincelle de rancœur et de vengeance brillant à nouveau dans ses pupilles sombres.

« Le certificat n’est pas dans son coffre au siège », chuchota-t-elle. « Sterling est bien trop paranoïaque pour laisser une preuve pareille sur son lieu de travail. Le duplicata matériel est caché dans son manoir d’Oakridge, dans l’unité de contrôle de son réseau privé. Mais vous n’avez pas besoin d’entrer là-bas. Il y a un autre moyen. »

Sarah se pencha en avant. « Lequel ? »

« Il utilise un téléphone satellite dédié exclusivement à la confirmation des ordres de virement. Chaque fois qu’il valide une transaction, le protocole génère un jeton temporaire qui reste en cache mémoire sur le relais sécurisé situé au sommet de la tour Meridian pendant exactement soixante-douze heures avant d’être écrasé. Le relais est autonome, connecté à la génératrice de secours du bâtiment. »

« Et comment y accède-t-on ? »

Vanessa esquissa un rictus amer. « Vous ne pouvez pas y accéder de l’extérieur. Le pare-feu bloque toute requête non originaire du réseau local. Mais il y a une trappe de maintenance sur le toit. Si Elias parvient à brancher une sonde réseau directement sur le commutateur du relais, il pourra télécharger le fichier de clés avant ce soir minuit. À minuit, le cycle hebdomadaire de purge effacera définitivement les registres de mémoire vive. »

« Pourquoi m’aides-tu, Vanessa ? » demanda Sarah avec une sincérité désarmante. « Tu sais que si nous faisons tomber Sterling, tu n’échapperas pas pour autant à la justice. Tu iras quand même en prison pour ton rôle dans la fraude. »

Vanessa soupira, ses yeux se voilant de larmes qu’elle refusa de laisser couler. « Je sais ce qui m’attend. Mais je préfère passer dix ans derrière les barreaux en sachant qu’il est dans la cellule voisine, plutôt que de mourir “d’un arrêt cardiaque soudain” dans cette prison pendant qu’il sirote du champagne sur la Côte d’Azur. Fais-le tomber, Sarah. Fais-le pour toi, pour ton enfant… et pour tous ceux qu’il a ruinés sans jamais cligner des yeux. »

La nuit de l’assaut
Vingt-deux heures. La nuit était tombée sur la métropole, transformant le gratte-ciel de verre et d’acier de Meridian en un monolithe noir perçant le brouillard humide.

Au rez-de-chaussée, la sécurité avait été doublée. Des vigiles patrouillaient avec des chiens le long du périmètre extérieur, et les accès aux ascenseurs principaux étaient strictement verrouillés. Mais l’ancienneté de Sarah et la connaissance intime de l’architecture par Elias offraient un avantage imprévu : le réseau de monte-charges réservé aux équipes de maintenance technique des gaines d’aération.

Accompagnés par deux agents fédéraux en civil mandatés par le procureur Vance, Sarah et Elias réussirent à s’infiltrer par le quai de chargement souterrain, profitant de la rotation des gardes de nuit. Mark était resté en retrait, dans un van stationné à deux pâtés de maisons, prêt à relayer le signal vers les serveurs de la justice dès que la connexion serait établie.

Chaque pas résonnait dans la cage d’escalier métallique étroite qui menait aux combles techniques du quarante-deuxième étage. Le ventre de Sarah pesait lourdement à chaque marche gravie, son cœur battant à tout rompre sous l’effort physique intense.

« Sarah, arrête-toi une minute », chuchota Elias, observant son visage ruisselant de sueur. « Tu es trop pâle. Reste ici avec l’agent Miller. Je peux monter seul sur le toit. »

« Hors de question », souffla-t-elle en reprenant son souffle, une main solidement ancrée sur la rampe glacée. « La validation du commutateur requiert mon empreinte d’analyste senior pour contourner le premier verrou logiciel. Si tu tentes de forcer l’accès sans mon profil administrateur, le système se verrouillera en mode autodestruction logicielle. Nous allons jusqu’au bout ensemble. »

Arrivés au sommet, le vent glacial de la nuit les frappa de plein fouet lorsqu’ils poussèrent la lourde porte métallique du toit. La vue sur la ville illuminée était vertigineuse, mais personne ne s’y attarda. Niché au pied de l’immense antenne de télécommunications se trouvait l’abri climatisé abritant le relais satellite.

Elias s’agenouilla devant l’armoire technique, sortant ses outils d’une main fébrile. « Vingt-trois heures quarante-deux. Nous avons dix-huit minutes avant la purge automatique. »

Sarah posa son pouce sur le lecteur optique du panneau de commande. Une lumière verte clignota : Identité confirmée : Miller, Sarah. Niveau d’autorisation 4.

« C’est bon, la passerelle est ouverte ! » cria Elias par-dessus le hurlement du vent. Il connecta son câble réseau haute vitesse. Les voyants de transmission s’affolèrent instantanément, déversant des millions de paquets de données cryptographiques vers le disque externe et le terminal de secours du procureur.

Téléchargement en cours : 42 %… 68 %… 85 %…

Soudain, la porte d’accès au toit vola en éclats.

Trois hommes armés vêtus d’uniformes sombres firent irruption sur la plateforme, menés par le chef de la sécurité privée de Sterling, un ancien militaire aux yeux d’acier nommé Gallagher.

« Éloignez-vous immédiatement de cette armoire ! » aboya Gallagher en pointant son arme vers eux. « Le premier qui bouge ne redescendra pas vivant de cet immeuble ! »

L’agent fédéral qui accompagnait Sarah dégaina instantanément son arme de service, s’interposant devant elle. « Police fédérale ! Baissez vos armes sur-le-champ ! »

La tension devint insoutenable, suspendue au-dessus du vide de quarante étages. Le vent hurlait, fouettant les visages. Elias, le dos tourné, ne bougeait pas, ses doigts continuant frénétiquement à surveiller la barre de progression sur son écran : 94 %… 97 %…

« Vous ne comprenez pas la situation, agent », ricana Gallagher sans baisser son arme. « Monsieur Sterling possède ce bâtiment, ce toit et tout ce qui s’y trouve. Vous êtes sur une propriété privée sans mandat valide. Cette intrusion constitue un acte criminel passible de la légitime défense. »