Je me suis retourné vers Mark. L’étudiant ne me regardait plus. Ses mains tremblantes fouillaient frénétiquement dans les débris à ses pieds, cherchant un sac à dos en toile sombre qu’il avait apporté en arrivant cet après-midi-là.

CHAPITRE 3 : Le héros à quatre pattes

Le hululement lointain des sirènes s’est rapidement transformé en un concert strident qui a envahi notre rue tranquille. Les gyrophares bleus et rouges projetaient des éclats saccadés sur les murs du salon traversés par la pluie.

En moins de cinq minutes, quatre pompiers en tenue de feu ont gravi l’escalier, suivis de près par deux ambulanciers équipés de sacs de réanimation et de colliers cervicaux.

« Monsieur ! Évacuez immédiatement avec l’enfant ! La structure n’est peut-être pas stable ! » a aboyé le chef d’agrès en voyant l’ampleur du gouffre béant au plafond de la nursery.

« Prenez d’abord le jeune homme là-bas, sa cheville est touchée », ai-je répondu en serrant Leo contre moi. « Mais j’ai besoin d’une civière de transport pour mon chien. C’est lui qui a absorbé le gros de l’impact. Il est en choc hémorragique. »

Buster ne bougeait presque plus. Sa respiration était superficielle, rapide. Ses muqueuses buccales, habituellement rosées, prenaient une teinte blanc porcelaine alarmante. Il n’a même pas grogné lorsque deux pompiers ont glissé une bâche de sauvetage sous son corps pour le soulever. Il a seulement tourné lentement la tête vers Leo, ses grands yeux bruns voilés par la souffrance, cherchant une dernière fois à s’assurer que le petit garçon était hors de danger.

« Il est vivant, Buster. Il va bien, mon vieux », ai-je murmuré en lui caressant la tête enfarinée de poussière blanche.

Au même moment, les ambulanciers aidaient Mark à se relever pour l’asseoir sur un siège de transfert. Alors qu’ils le déplaçaient, le jeune homme s’est débattu maladroitement :

« Mon sac ! Attendez, j’ai laissé mes cours et mon ordinateur dans ce sac ! »

« On s’en fiche de votre sac, mon garçon, vous perdez du sang et votre pied est tordu à quatre-vingt-dix degrés », a répliqué sèchement un secouriste en l’attachant fermement avec les sangles de sécurité.

J’ai confié Leo à une voisine accourue sur le perron, une infirmière à la retraite en qui j’avais une confiance absolue, avant de monter moi-même dans la fourgonnette de la clinique vétérinaire de garde qui venait de se garer en double file derrière les camions rouges.

Le trajet jusqu’à la clinique chirurgicale animale a été une course contre la montre insoutenable. Dans l’habitacle éclairé d’un néon blafard, le vétérinaire de garde posait déjà une voie veineuse sur la patte avant de Buster pour perfuser des macromolécules et tenter de maintenir sa pression artérielle.

« Que s’est-il passé exactement ? » m’a-t-il demandé sans lever les yeux de son cathéter.

« Un plafond en plâtre et poutres s’est effondré. Il a servi de bouclier à mon fils. Mais il a aussi cette plaie au flanc. Ce n’est pas un éclat de bois. Regardez les berges de la blessure. »

Le vétérinaire a écarté la fourrure gorgée de sang avec des compresses stériles. Ses sourcils se sont froncés d’un coup.

« Vous avez raison. Ce n’est pas un écrasement. C’est une plaie linéaire, nette. Une lame. Quelqu’un lui a porté un coup avec un couteau à lame crantée ou un outil tranchant. La blessure a manqué la rate de quelques centimètres, mais un gros vaisseau musculaire est sectionné. Il faut opérer sur-le-champ pour stopper l’hémorragie interne et vérifier s’il n’y a pas de pneumothorax sous les côtes brisées. »

Une lame.

Mon esprit refusait d’abord d’intégrer l’information, puis les pièces du puzzle ont commencé à s’entrechoquer avec une terrifiante cohérence. Mark n’avait pas seulement menti en prétendant que Buster était devenu fou. Buster ne s’était pas contenté de réagir au bruit de la charpente qui craquait. Le chien s’était battu avant l’effondrement. Il s’était battu pour protéger Leo contre l’homme que j’avais moi-même fait entrer dans ma maison.

Assis sur la banquette métallique tandis que la camionnette prenait les virages à vive allure, mes mains couvertes de plâtre et du sang de mon animal se sont refermées en poings si serrés que mes ongles ont entamé la peau de mes paumes.

À notre arrivée à la clinique, Buster a été emporté directement au bloc opératoire sous les lumières crues. Les portes battantes se sont refermées sur son corps inerte. Je suis resté seul dans la salle d’attente carrelée, le silence n’étant brisé que par le tic-tac mécanique d’une horloge murale et l’écho étouffé de mes propres pensées.

Mon téléphone a vibré dans ma poche. C’était l’inspecteur chargé de sécuriser les lieux après l’intervention des pompiers.

« Monsieur Miller ? Nous sommes sur place, chez vous. Les pompiers viennent de découvrir quelque chose d’extrêmement grave dans les combles. Vous devez revenir immédiatement dès que possible, ou nous envoyer un représentant légal. Et dites-moi… où se trouve exactement le jeune homme qui gardait votre fils ? »

« Il a été transporté à l’hôpital Sainte-Marie pour des plaies au visage et une fracture de la cheville », ai-je répondu d’une voix blanche. « Pourquoi ? »

« Parce que ce qui est tombé avec le plafond ne venait pas de votre maison. Et le sac à dos que le suspect réclamait contient du matériel qui n’a rien à voir avec des études universitaires. »

CHAPITRE 4 : La vérité sous les lattes

Il était près de deux heures du matin quand je suis revenu devant ma maison. La pluie avait cessé, laissant place à une brume dense qui enveloppait la rue d’un silence fantomatique. Un cordon de ruban jaune de la police scientifique barrait désormais l’accès à mon jardin.

Le capitaine de police, un homme aux tempes grises nommé Vanech, m’attendait sur le seuil, un café froid à la main.

« Comment va le chien ? » a-t-il été sa première parole.