Trois semaines plus tard, sous un soleil d’automne pâle et doux qui réchauffait enfin les allées de gravier, je me suis rendu au cimetière de Levallois-Perret.
La tombe de Julien, longtemps modeste et rongée par la mousse des hivers d’oubli, avait été nettoyée. Au pied de la stèle, un bouquet d’anémones fraîches venait d’être déposé, avec une petite carte manuscrite portant une écriture fine et élégante : « À Julien. Grâce à vous, la vie continue, et la vérité respire enfin. Camille. »
À côté des fleurs reposait le vieux médaillon d’argent, nettoyé de sa suie, brillant de mille feux sous les rayons obliques du soleil.
Je me suis assis sur le rebord de pierre, j’ai allumé une cigarette, et j’ai regardé la fumée bleue monter lentement vers le ciel dégagé. Pour la première fois depuis trente ans, le grondement sourd de colère qui battait dans ma poitrine s’était tu. Le vent d’automne ne portait plus la poussière des chantiers abandonnés ni l’amertume des procès perdus d’avance. Il ne restait plus que la paix, cette paix solide et silencieuse que ni l’or, ni le mépris, ni le temps ne pourront jamais effacer