Je l’ai regardé, la voix nouée par l’émotion la plus pure qu’un vieil homme puisse éprouver au crépuscule de sa vie. J’ai posé ma main sur sa manche d’aviateur, sentant la jeunesse et la noblesse qui battaient désormais sous cette étoffe.

« Vous êtes devenu l’officier que la France mérite, mon garçon », lui ai-je répondu en souriant à travers mes larmes. « Vous êtes désormais digne de porter ces ailes. Et souvenez-vous toujours : sous l’uniforme le plus prestigieux comme sous la veste la plus élimée, il n’y a jamais qu’un homme. Ne l’oubliez jamais. »

Au même moment, quatre chasseurs fendirent le ciel bourguignon dans un grondement magistral, effectuant au-dessus de nos têtes le salut du virage serré, dessinant de longues traînées blanches dans l’azur infini. Je levai les yeux vers le ciel, le visage caressé par le vent de ma jeunesse retrouvée, sachant que la relève était là, solide, droite, et que ma longue patrouille pouvait enfin s’achever dans la paix.