Il remit son manteau sur les épaules de la fillette, prit la boîte en fer d’une main ferme, et tendit l’autre à sa fille. Lucy la saisit sans hésiter, glissant ses petits doigts glacés dans la paume chaude et rassurante de son père.

Ensemble, ils franchirent les portes de l’hôpital.

Dehors, l’orage s’était enfin calmé. La pluie battante avait cédé la place à une bruine légère, presque invisible, et à l’horizon, entre deux lourds nuages d’automne couleur d’encre, une pâle déchirure de lumière dorée perçait enfin le ciel de la fin d’après-midi.

Devant les marches, la berline noire les attendait toujours, le chauffeur prêt à ouvrir la portière.

Ethan s’arrêta un instant sur le perron, contemplant la ville qui s’étendait devant eux, ses ponts métalliques enjambant le fleuve gris, ses tours de verre scintillant sous les reflets mourants du couchant. Il pensa à la jeune femme qui reposait désormais en paix dans la chambre du fond, délivrée de la terreur, sachant enfin sa mission accomplie.

Il se pencha vers sa fille et esquissa un premier sourire, fragile mais authentique.

« Dis-moi, Lucy… Est-ce que tu aimerais voir où je travaille ? J’ai un bureau tout en haut d’une tour, avec une immense table à dessin. On peut y voir tous les ponts de la ville d’un seul coup d’œil. »

La fillette releva la tête. Pour la première fois depuis qu’elle avait franchi les lourdes portes de la chapelle, une faible étincelle d’espoir s’alluma dans ses yeux gris d’orage, identiques à ceux de sa mère.

« Oui, papa », répondit-elle d’une voix claire. « Montre-moi les ponts. »

Ils descendirent ensemble les marches de pierre, tournant définitivement le dos aux illusions brisées du passé pour s’avancer, côte à côte, vers la vie qu’on avait tenté de leur voler.