Sans trembler, j’ouvris le dossier de divorce. Je tournai les pages sans même lire les clauses rédigées par ses juristes d’affaires. Arrivée à la dernière page, au bas de la mention Lu et approuvé, j’apposai ma signature d’un trait net, ferme et élégant.

Un sourire triomphant éclaira le visage de Julien. Il crut à cet instant précis qu’il avait remporté la bataille la plus facile de son existence. Il tendit la main pour récupérer le dossier, les yeux pétillants de vanité.
« Parfait. Au moins, tu sais reconnaître ta défaite avec un semblant de bon sens. »

Mais au moment où ses doigts effleurèrent le papier, je posai fermement ma main dessus.

« Pas si vite. »

Chapitre 3. Le dossier rouge
De mon sac, je ne sortis pas un mouchoir pour sécher d’imaginaires larmes. Je sortis une épaisse chemise cartonnée de couleur rouge vif, ficelée avec soin.

Je la déposai au beau milieu de la table, écrasant presque la corbeille de pain. Puis, avec une lenteur calculée, je dénouai le ruban et étalai son contenu sous les regards médusés de ma belle-famille.

Il y avait là des dizaines de relevés bancaires officiels surlignés au feutre jaune, des captures d’écran de messages cryptés imprimées en haute définition, des audits comptables privés certifiés par huissier, ainsi que des déclarations fiscales croisées.

« Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? » grogna Julien, dont le sourire commençait imperceptiblement à se crisper.

« Ce que tu vois là, Julien, c’est le portrait authentique de ta grandeur d’âme », répondis-je d’une voix posée mais limpide, audible par chaque personne présente dans la pièce. « Tu viens d’affirmer devant toute ta famille que sans toi, je ne vaux pas un seul centime. Mais voyons un peu ce que toi tu vaux réellement sans les fraudes et le vol. »

Béatrice fronça les sourcils, indignée :
« Comment oses-tu diffamer mon fils sous mon toit ! »

« Taisez-vous et regardez, Béatrice », ordonnai-je d’un ton si tranchant que la vieille femme en resta la bouche ouverte, pétrifiée d’audace.

Je pris la première feuille et la fis glisser devant le fiancé de Valérie, puis devant Julien.
« Durant ces quatre dernières années, Julien a méthodiquement vidé notre compte d’épargne commun, ainsi que les réserves de trésorerie de sa société. Regardez bien les dates et les montants. Des virements mensuels de cinq mille, dix mille, parfois vingt mille euros. Vers quoi ? Vers une société écran immatriculée à l’étranger, dont la bénéficiaire effective n’est autre que Camille Laurent. Sa maîtresse. »

Le visage de Julien passa instantanément de l’arrogance à une pâleur spectrale.
« Comment… comment as-tu eu ça ? » balbutia-t-il, la voix altérée.

« Tu as oublié une chose essentielle dans ton vertige de pouvoir, mon cher. C’est moi qui ai conçu le système informatique de gestion et de facturation de ton entreprise. C’est moi qui en détenais les codes racines et les accès de contrôle. Tu pensais que tes petites opérations clandestines passeraient inaperçues parce que tu maquillais les sorties en frais de prestation de conseil ? Tu as sous-estimé la femme que tu as reléguée au rôle de simple ménagère. »

Chapitre 4. L’effondrement de la forteresse
Je pris une deuxième série de documents et la jetai sous le nez de mon mari.
« Mais ce n’est pas le pire, Julien. Tu n’as pas seulement volé l’argent de notre couple pour payer l’appartement de luxe de ta maîtresse et ses voyages à Venise. Pour masquer ces trous béants dans la comptabilité de ton entreprise, tu as falsifié les déclarations de TVA et sous-déclaré les bénéfices imposables pendant trois exercices consécutifs. »

Julien tenta d’attraper les papiers pour les déchirer, mais je fus plus rapide. J’appuyai ma main sur le tas avec une autorité absolue.
« Ne te fatigue pas à déchirer quoi que ce soit. Ce ne sont que des copies. Les originaux, accompagnés du rapport d’expertise médico-légale de ton expert-comptable personnel qui a accepté de collaborer sous la menace d’une mise en examen pour complicité, sont déjà en sécurité. »

Édouard, le père de Julien, qui était resté silencieux jusque-là, se redressa sur sa chaise, le visage rouge de fureur contenue. Ancien magistrat à la retraite, il connaissait trop bien la portée de ces mots.
« Julien… dis-moi que ce n’est pas vrai. Dis-moi que tu n’as pas touché aux comptes certifiés. »

Julien tremblait. Ses doigts tambourinaient nerveusement contre le bord de la table. La sueur perlait désormais sur son front, détruisant son allure de jeune dirigeant parfait.
« Papa… ce sont des mensonges… elle monte un coup monté parce qu’elle est jalouse ! »

« Un coup monté ? » ricanai-je à mon tour. « Voici les aveux écrits de ton directeur financier adjoint. Et voici les relevés des caméras de sécurité de l’hôtel parisien où tu as séjourné avec Camille aux frais de la société pendant que tu déclarais une tournée de prospection en Normandie. »

Valérie regardait son frère avec de grands yeux écarquillés. L’ambiance festive s’était transformée en tribunal d’assises improvisé.
« Julien… tu as pris l’argent de la famille ? L’argent que papa t’avait confié pour le fonds de placement familial ? » demanda-t-elle, la voix tremblante.

Je me tournai vers elle avec un regard compatissant mais implacable.
« Exactement, Valérie. Les deux cent mille euros que ton père a investis dans l’expansion de l’agence de transport ? Ils n’ont jamais servi à acheter de nouveaux camions. Ils ont servi à combler une partie des dettes de jeu de ton frère à Monaco et à couvrir les caprices de sa maîtresse. »

Un silence de mort tomba sur la salle à manger. Béatrice porta la main à son cœur, vacillante, tandis qu’Édouard fixait son fils avec un dégoût que même les pires criminels qu’il avait jugés n’avaient jamais suscité en lui.