Elle tourna la clé dans la serrure en cuivre poli.

La pièce était modeste, meublée d’un lit simple, d’un petit bureau d’écolier et d’un chevalet de peinture recouvert d’un drap de lin. C’était la chambre d’adolescent de Roberto, conservée intacte depuis près de quarante ans. Sur le mur, une photographie en noir et blanc montrait un jeune homme rieur aux yeux clairs, le bras posé sur les épaules d’une jeune fille vêtue de la toge universitaire des lauréats de l’Institut technologique de Guadalajara.

Elena s’approcha du cadre, passa le bout de son index sur la vitre poussiéreuse, effleurant le visage de son frère disparu.

« J’ai essayé, Roberto », murmura-t-elle dans la pénombre de la pièce abandonnée. « J’ai vraiment essayé de le sauver de son propre héritage. Pardonne-moi de ne pas avoir réussi. »

Elle resta là un long moment, debout dans le clair-obscur, tandis que les dernières lueurs des gyrophares s’éteignaient définitivement dans la rue de Providencia. Le vent d’octobre s’était levé, chassant les nuages bas et laissant apparaître un ciel d’encre criblé d’étoiles froides au-dessus des toits de Guadalajara.

Elena Salgado était peut-être affaiblie par l’âge et meurtrie par la trahison la plus ignoble qu’un être humain puisse concevoir, mais elle n’était pas vaincue. Elle referma la porte derrière elle à double tour, rangea la clé au fond de sa poche et descendit d’un pas lent mais assuré vers la lumière chaleureuse de sa cuisine, où Nora l’attendait pour partager un bol de bouillon chaud, vivante, libre et maîtresse absolue de son destin.