« Daniel, arrête ça ! » cria Claire, qui tremblait désormais de tout son corps. « Pas d’armes ici ! Pas devant Léo ! »
« Tais-toi, Claire ! » aboya Daniel, le masque de courtoisie définitivement tombé. « Si Stallone sort d’ici avec le gamin, le juge annule immédiatement la tutelle conservatoire sur le trust de Beverly Hills ! Tu réalises ce que ça veut dire ? On perd tout ! Les soixante millions de dollars, les parts de la société de distribution, la maison de Palm Springs ! Tout retourne sous son contrôle direct ! Tu veux retourner vivre dans un deux-pièces dans la vallée ? »
Le silence retomba, pesant, écœurant.
Stallone se redressa lentement. Sa taille imposante dominait la pièce. Ses yeux noirs, lourds de rides et d’expérience, fixèrent Claire, qui baissa la tête, incapable de soutenir l’horreur de ce qui venait d’être avoué à voix haute.
« Le trust », murmura Stallone, comprenant enfin l’intégralité du tableau. « Tout ça… cette comédie de garde exclusive, ces accusations d’abus… ce n’était pas pour l’enfant. Vous vous en fichez de Léo. »
Daniel ricana nerveusement, adossé contre la console. « Tu vieillis, Sylvester. Tu pensais que léguer l’intégralité de tes actifs immobiliers et tes redevances d’auteur à un trust géré par la mère de ton plus jeune fils te protégerait du fisc ? Tu as créé toi-même la faille. En déclarant que le tuteur légal de Léo devenait l’administrateur unique des fonds en cas d’inaptitude morale ou physique de ta part, tu nous as tendu la clé du coffre-fort. »
L’avocat prit une liasse de feuilles sur la console et les brandit avec une arrogance insolente.
« Tout est là. Ton faux dossier médical signé par un psychiatre complaisant de Zurich attestant de tes pertes de mémoire et de ta démence sénile précoce. Les rapports de police falsifiés prétendant que tu as abandonné l’enfant lors d’une crise de rage. Le juge Vance est un ami de longue date de mon cabinet. Dans quarante-huit heures, le jugement d’interdiction bancaire était définitif. Tu n’avais plus rien. Tu n’étais plus qu’une légende déchue, ruinée et isolée dans une clinique suisse. »
Claire pleurait maintenant, assise sur le bord de la table basse, se tenant la tête entre les mains. « Daniel m’avait dit qu’on prendrait juste l’argent… Il m’avait dit que Léo irait dans un pensionnat en Suisse, dans un château avec des précepteurs… Mais depuis deux semaines, il ne voulait plus qu’il sorte de la maison… Il avait peur que les voisins le voient… »
« Tu as vendu notre fils pour des relevés de compte et des bijoux », dit Stallone sans élever la voix, mais chaque syllabe résonna comme un coup de fusil dans la vaste demeure. « Tu as laissé cet individu l’enfermer sous des escaliers comme un animal pour toucher des dividendes. »
« Assez parlé », coupa Daniel en se tournant vers les deux agents de sécurité. « Sortez Stallone d’ici. Utilisez la force si nécessaire. Utilisez les tasers. Il est en violation de domicile. »
Les deux vigiles échangèrent un regard d’hésitation. L’aura de Stallone, couplée à la présence menaçante de Frank Carter, n’avait rien d’un simple vieil homme vulnérable. Mais le plus jeune, encouragé par l’assurance de son patron, sortit sa matraque télescopique qui s’ouvrit dans un claquement sec.
« Monsieur Stallone, veuillez nous suivre sans faire d’histoires. »
L’agent fit un pas en avant. Stallone ne recula pas d’un millimètre.
L’homme tenta de lui saisir le bras gauche pour lui faire une clé d’épaule. C’était une erreur monumentale. Stallone anticipa la prise, dévia le poignet de l’homme avec la paume de sa main, fit un demi-pas pivotant vers l’intérieur et envoya un crochet du droit court, foudroyant, au niveau du plexus solaire.
Le souffle du vigile s’échappa dans un hoquet étranglé. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il s’effondra lourdement sur les dalles de marbre, incapable d’inspirer le moindre millimètre d’air.
Le second vigile tenta de dégainer son taser, mais Frank Carter n’attendit pas. Faisant écran avec son dos pour protéger Léo, Frank détendit une jambe lourde qui heurta le genou du garde. L’articulation craqua avec un bruit sourd, l’homme perdit l’équilibre et s’écroula à son tour, désarmé en une fraction de seconde par Frank qui écrasa l’arme paralysante sous sa botte cirée.
Daniel Voss recula précipitamment, trébuchant contre la table de la console, faisant tomber un vase en cristal qui se pulvérisa au sol dans un fracas assourdissant. « Vous êtes fous ! C’est une agression avec préméditation ! J’appelle le FBI ! J’appelle le procureur ! »
« Épargne-toi cette peine, Daniel », retentit une voix nouvelle depuis le perron d’entrée.
La lourde double porte en chêne s’ouvrit complètement. Trois hommes et deux femmes en costumes sombres et imperméables sobres entrèrent d’un pas mesuré. Les agents portaient des badges dorés distinctifs accrochés à leur ceinture, et l’homme en tête, un quinquagénaire au regard d’acier et aux tempes grisonnantes, tenait une sacoche en cuir sous le bras.
Daniel blêmit instantanément. Ses lèvres tremblèrent, perdant toute couleur. « Procureur Miller… ? Qu’est-ce que… qu’est-ce que vous faites ici ? »
L’homme qui venait d’entrer s’appelait Thomas Miller, procureur fédéral adjoint du district de Californie.
« Nous étions garés à deux cents mètres d’ici, Daniel », dit Miller avec un calme glacial. « En train d’écouter chaque mot prononcé dans cette pièce grâce au micro dissimulé sur la montre de Sylvester. »
Miller sortit un dossier scellé de sa serviette.
« Le juge fédéral Vance a été interpellé il y a exactement quarante-cinq minutes à son domicile de Pasadena par les marshals fédéraux. Vos comptes offshore aux îles Caïmans et à Zurich viennent d’être gelés sous le coup de la loi RICO sur les organisations criminelles et la fraude en bande organisée. Vos petites transactions pour acheter le silence de faux experts médicaux ont laissé une traînée de poudre numérique que nos analystes financiers ont suivie sans la moindre difficulté. »