En arrivant près de la vieille camionnette bleue de Robert garée le long des platanes, Mia s’arrêta un instant et leva les yeux vers son père.
« Papa ? »
« Oui, mon trésor ? » répondit Robert en s’accroupissant immédiatement à sa hauteur, comme il le faisait désormais chaque fois qu’elle prenait la parole, se mettant à son niveau, sans jamais la dominer de toute sa taille.
« Est-ce qu’on peut acheter de la glace à la fraise en rentrant ? Pour manger sur la terrasse avec mamie ? »
Robert eut ce sourire franc, lumineux, débarrassé de tout le poids des années de deuil et d’angoisse, le sourire de sa jeunesse que je croyais perdu à jamais.
« Deux boules chacune », dit-il en la soulevant dans ses bras puissants pour l’installer sur le siège avant de la camionnette. « Et on mangera les cornets dehors jusqu’à ce que le soleil se couche complètement. »
Je suis montée à mon tour sur la banquette passager, posant mes mains ridées sur mes genoux apaisés. En regardant par le rétroviseur extérieur le tribunal s’éloigner au bout de l’allée bordée d’arbres en fleurs, je savais que nous avions traversé le pire. La maison n’était plus un piège. Elle était redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un refuge d’acier et de tendresse où aucune porte ne se refermerait plus jamais sur l’innocence d’une enfant.