Luke jeta un coup d’œil par la vitre de la chambre 347. Elena dormait paisiblement, sa main toujours posée en coupe sur son ventre rond.
« Publie un communiqué à l’ouverture des marchés », ordonna Luke. « Annonce que le conseil d’administration a révoqué Vance à l’unanimité pour malversations financières. Et ajoute une ligne personnelle : monsieur et madame Mercer annoncent qu’ils attendent leur premier enfant pour le printemps, et demandent le respect strict de leur intimité familiale. »
Marco esquissa un léger sourire en coin. « Madame Mercer ? Mais les papiers du divorce… »
« Ces papiers n’ont jamais existé », coupa Luke en froissant le duplicata du jugement qu’il portait dans sa veste depuis trois mois, avant de le jeter dans la poubelle d’acier du couloir. « Nous n’avons jamais cessé d’être mariés aux yeux de la seule loi qui m’importe. »
Trois jours plus tard, une pluie fine lavait la poussière automnale des pavés de Soho.
Une berline noire blindée s’arrêta sans un bruit devant l’entrée privée d’une élégante maison de ville en briques rouges, loin du tumulte froid du penthouse de Tribeca. Luke descendit le premier, ouvrant un large parapluie noir pour abriter Elena.
Elle était encore faible, mais la couleur était revenue sur ses joues, et ses yeux marron avaient retrouvé cette flamme calme et lucide qui avait conquis Luke six ans plus tôt dans une petite galerie d’art de Chelsea. Dans ses bras, elle ne portait plus le sac transparent de l’hôpital, mais son propre sac à main, et à son annulaire gauche brillait de nouveau l’alliance d’or blanc, nettoyée de toute trace de doute et de violence.
Luke passa un bras protecteur autour de sa taille pour l’aider à gravir les marches de pierre menant au perron. À chaque pas, il adaptait son allure à la sienne, patient, attentif à la moindre de ses hésitations.
Arrivée sur le seuil, Elena s’arrêta et se tourna vers lui. La brise d’octobre faisait voler quelques mèches de ses cheveux bruns sur ses tempes.
« Tu sais que je ne te pardonnerai pas tout en un jour, Luke », dit-elle d’une voix calme, sans amertume, mais sans faiblesse non plus. « Tu m’as brisé le cœur une fois en croyant savoir mieux que moi ce qui était bon pour nous deux. Si nous reconstruisons ce foyer, ce sera d’égal à égal. Pas avec tes secrets d’affaires, pas avec tes mensonges héroïques. Rien que nous. »
Luke la contempla avec une intensité où ne subsistait plus aucune trace du masque d’acier qu’il portait devant le reste du monde. Il leva sa main libre et posa ses doigts sur la joue d’Elena, sentant la douceur de sa peau vivante et vibrante sous la fraîcheur de la pluie.
« Plus jamais de secrets », jura-t-il solennellement. « Plus jamais de fuite. À partir d’aujourd’hui, chaque bataille que nous aurons à mener, nous la mènerons ensemble, côte à côte. »
Il fit pivoter la lourde clé dans la serrure en laiton et poussa la porte sur un vestibule chaleureux baigné de lumière dorée, où brûlait déjà un feu de cheminée prêt à chasser l’hiver qui approchait.
Elena franchit le pas de la porte, guidant la main de Luke pour qu’il la pose de nouveau sur son ventre protecteur. Sous la paume de l’homme d’affaires, une minuscule vibration, imperceptible pour tout autre que lui, répondit à son contact : le premier mouvement perceptible de l’enfant qui venait de transformer un empire financier bâti sur la solitude en une forteresse érigée pour la vie.