Gabriel regagna le cockpit. Lorsqu’il s’installa dans son siège de gauche, ajustant son casque et posant ses mains sur les manettes des gaz, son collègue remarqua immédiatement la métamorphose. Le commandant Vane n’avait plus ce regard lointain et rigide qu’on lui connaissait lors des traversées nocturnes. Il émanait de lui une paix souveraine.
« Paré pour l’approche, commandant ? » demanda le copilote en réglant les volets.
« Paré », répondit Gabriel d’une voix claire et assurée.
L’avion fendit la couverture nuageuse compacte. Soudain, sous la grisaille, le plateau suisse apparut, constellé par les milliers de lumières étincelantes de la ville de Zurich, brillant dans la nuit tombée comme un tapis de diamants déposé au pied des Alpes. L’atterrissage fut d’une douceur exemplaire, les roues touchant le bitume de la piste avec la légèreté d’un souffle d’air.
Lorsque les moteurs s’éteignirent et que les passagers commencèrent à se presser vers la sortie dans le brouhaha familier des valises à roulettes, Julian Thorne fut l’un des premiers à jaillir de la cabine arrière. Maugréant, le regard fuyant pour éviter le mépris poli des hôtesses, il disparut dans la passerelle télescopique, engoncé dans sa colère stérile et son complet terni, incapable d’imaginer que sa petitesse d’esprit venait d’accomplir un miracle qu’aucune fortune n’aurait pu acheter.
Pendant ce temps, dans la cabine de repos déserte, Gabriel aida patiemment Clara à passer son manteau désormais sec. Il prit respectueusement sous son bras le vieux sac de toile et le carnet de vol paternel, avant de lui offrir son bras d’officier.
Ensemble, au rythme lent et apaisé de la vieille dame, ils descendirent l’allée centrale baignée par les lumières tamisées de l’avion endormi, prêts à entamer le plus beau et le plus doux des atterrissages.