Claire prit la clé USB. Ses doigts effleurèrent ceux de Thomas. La texture rugueuse de sa peau était bien réelle. Ce n’était pas un mirage. C’était une alliance forgée dans le sang et la trahison.
Chapitre 3 : Le piège se referme sur le chasseur
Le lendemain matin, à sept heures précises, la chambre d’hôpital de Claire retrouva son calme habituel, bien que l’atmosphère y fût électrique. Claire était assise dans son lit, le visage fermé, fixant la porte. La clé USB était solidement dissimulée sous son matelas.
La porte s’ouvrit sans frapper. Julien apparut, portant un plateau-repas et un bouquet de tulipes fraîches. Son visage affichait un masque de sollicitude parfaitement simulé, mais ses yeux trahissaient une agitation intense, un tic nerveux au coin de la paupière.
— Bonjour, mon amour, dit-il d’une voix mielleuse en s’approchant. Comment as-tu dormi ? Les infirmières m’ont dit que tu avais fait une petite promenade cette nuit… Tu sais bien que tu dois te reposer.
Claire le fixa longuement sans dire un mot. Son silence pesant mit Julien mal à l’aise. Il posa le plateau sur la table de chevet et s’assit au bord du lit.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
— Julien, commença Claire d’une voix parfaitement calme, presque glaciale. Tu te souviens de la caméra dans notre salon ? Celle qui filme l’entrée et les escaliers ?
Le visage de Julien se décomposa en une fraction de seconde. La couleur qu’il lui restait quitta ses joues. Il ouvrit la bouche pour répliquer, mais aucun son ne sortit. Ses mains se mirent à trembler.
— Celle… celle que nous avons désactivée il y a des mois ? bégaya-t-il, la voix soudain enrouée.
— Non, Julien. Celle que vous avez oublié de désactiver, rectifia-t-elle doucement. Celle qui enregistre sur un serveur cloud sécurisé, indépendant de notre box Internet.
Avant que Julien ne puisse bondir ou tenter de nier l’évidence, la porte de la chambre s’ouvrit à nouveau à volée.
Trois inspecteurs de police en civil firent irruption dans la pièce, accompagnés du commissaire principal de la brigade criminelle de Paris. Derrière eux, une silhouette familière s’avança calmement : Thomas.
Julien se dressa d’un bond, manquant de renverser la table de chevet. Ses yeux écarquillés passèrent de Thomas à Claire, puis aux policiers. La terreur pure venait de s’emparer de lui.
— C’est… c’est impossible ! hurla Julien en reculant contre le mur. Tu es mort ! Je t’ai… on a enterré…
— Bonjoue, Julien, fit l’inspecteur principal en sortant ses menottes d’un geste machinal. Julien Beaumont, vous êtes en état d’arrestation pour tentative d’assassinat prémédité, complicité d’escroquerie en bande organisée, blanchiment d’argent et faux en écriture publique.
Les policiers se jetèrent sur lui. Julien se débatrit un instant, hurlant qu’il s’agissait d’un complot, que Claire était folle, avant d’être plaqué contre le sol et menotté dans un fracas métallique.
Chapitre 4 : La chute de la maison Beaumont
L’arrestation de Julien déclencha une onde de choc fulgurante. Dans les heures qui suivirent, la police perquisitionna la somptueuse villa des Beaumont ainsi que les locaux de leur entreprise. Marguerite, la belle-mère manipulatrice, fut interpellée à son tour dans son salon alors qu’elle préparait sa fuite vers l’étranger avec des valises pleines de lingots d’or et de passeports falsifiés. Face aux preuves irréfutables fournies par la clé USB de Thomas — incluant les images en haute définition de la chute provoquée et les enregistrements audio compromettants —, le dossier de l’accusation devint une forteresse imprenable.
Le procès, qui s’ouvrit six mois plus tard devant la cour d’assises de Paris, fut l’un des événements médiatiques les plus suivis de l’année. Les journaux télévisés parlaient du « Thriller des Beaumont », révélant au grand jour la machination machiavélique orchestrée pour s’accaparer la fortune de Thomas, maquiller sa mort, puis éliminer Claire lorsque celle-ci avait commencé à fouiner dans les comptes.
Dans la grande salle d’audience bondée, sous les flashs crépitants des journalistes et les murmures du public, Claire siégeait au premier rang des parties civiles. Son poignet était guéri, et bien qu’une fine cicatrice invisible pour les autres lui rappelât la violence de cette nuit-là, sa posture était droite, son regard résolu. À ses côtés, assis discrètement dans l’ombre du banc, Thomas veillait, tel un gardien revenu d’entre les morts.
Lorsque le président du tribunal prononça le verdict, le silence devint absolu :
— Pour les chefs de tentative d’assassinat prémédité, séquestration, faux et usage de faux, et escroquerie aggravée en bande organisée, la Cour condamne Julien Beaumont à quinze ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté des deux tiers. Pour complicité de meurtre maquillé et association de malfaiteurs, Marguerite Beaumont est condamnée à vingt ans de réclusion criminelle.
Le coup de marteau retentit, sec et définitif.
Dans le box des accusés, Marguerite poussa un cri perçant de rage avant d’être emmenée de force par les gardiens, tandis que Julien, effondré, les mains sur le visage, fixait le sol vide. C’était la fin de leur règne d’illusion et de terreur.
Épilogue : L’horizon retrouvé
Le soir même, alors que la pluie s’était arrêtée sur Paris, lavant les rues de la capitale de toute leur crasse, Claire se tenait sur le pont des Arts, regardant l’eau sombre de la Seine refléter les lumières dorées des lampadaires.
Des pas feutrés s’approchèrent derrière elle. Une silhouette familière vint se placer à ses côtés, lui tendant un gobelet de café chaud.
— Tu penses à quoi ? demanda Thomas doucement.
Claire prit le gobelet, sentant la chaleur bienfaisante envahir ses mains engourdies par le froid. Elle tourna la tête vers lui, esquissant un léger sourire, le premier véritable sourire sincère depuis des années.
— Je pensais à cet escalier, répondit-elle. À quel point un simple faux pas peut faire basculer une vie entière. Mais surtout… au fait que les mensonges finissent toujours par remonter à la surface, peu importe le temps qu’on met à les enterrer.