Je souris.
Je montai à l’étage, ouvris ma valise et en sortis les petits paquets enveloppés de papier kraft aux motifs traditionnels portugais.
Pour Finn, le porte-clés en forme de coq de Barcelos aux couleurs éclatantes, symbole de foi et de bonne fortune.
Pour Chloe, un marque-page en liège finement ciselé, représentant les arcades du cloître des Hiéronymites.
Pour Maggie, une petite boîte à musique miniature qui jouait les notes nostalgiques d’un vieux fado.
Et pour Eli, un recueil de poèmes bilingue de Fernando Pessoa, avec une dédicace que j’avais écrite moi-même à l’encre noire sur la première page : « À Eli, qui sait déjà que le courage consiste parfois simplement à dire la vérité. Avec tout l’amour de ta grand-mère. »
Je rangeai mes vêtements. Je rangeai les petits cubes de rangement dont mon amie Bonnie m’avait vanté les mérites — et elle avait eu raison, ils avaient rendu mon voyage incroyablement simple. Puis, je descendis au salon, me servis un petit verre d’eau fraîche et m’assis dans le grand fauteuil en cuir qui avait été celui de Charles.
Sur la table basse, la brochure du club de voyage était restée ouverte.
Mes yeux glissèrent sur les pages glacées. En mai prochain, le club organisait une expédition de deux semaines dans les fjords de Norvège. Bergen. Geirangerfjord. Les îles Lofoten. Des paysages de glace, d’eau pure et de silence grandiose.
Mon téléphone sonna. Ce n’était pas un appel professionnel, ni une alerte d’urgence, ni une sommation familiale. C’était un message de Patrice :« Alors, ce fado ? Tu as pleuré ? Raconte-moi tout demain autour d’un vrai café. C’est moi qui régale. »
Je tapai ma réponse avec deux doigts, un sourire serein étirant mes lèvres :« Je te raconte tout demain. Et commence à chercher de bonnes chaussures de marche, Patrice. Au printemps, on part voir les fjords ensemble. »
Je posai l’appareil sur la table, éteignis la lampe du salon et laissai la pénombre bienfaisante m’envelopper. Pour la première fois depuis cinq ans, le silence de ma maison n’était plus fait d’absence. Il était fait d’espace. Un espace vaste, lumineux et inaliénable, où chaque minute m’appartenait désormais tout entière.