Je lui tendis mon stylo en or, le même avec lequel Arthur avait signé les actes de propriété de ce complexe trente ans auparavant.
Daniel signa la démission, puis le nouveau contrat. Il ne tremblait plus. Lorsqu’il releva la tête, il semblait plus léger, débarrassé du poids écrasant d’un mensonge qu’il n’avait plus la force de soutenir.
— Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? demanda-t-il.
— Descends dans cette chambre, Daniel. Annonce la nouvelle à ton épouse. Tu découvriras très vite si elle aimait l’homme que tu es ou le compte en banque que tu représentais. Si elle t’aime, elle fera ses valises pour Savannah. Si elle part, remercie le ciel de t’avoir ouvert les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Ensuite, vous prendrez le premier vol commercial pour rentrer. Je financerai vos billets de classe économique. Vos vacances sont terminées. Les miennes ne font que commencer.
Daniel se leva. Il hésita un instant, puis s’approcha de moi. Il posa sa main sur mon épaule, un geste timide, empreint d’une déférence qu’il n’avait pas eue depuis son adolescence.
— Merci, maman. Et… je suis tellement désolé.
— Rends-moi fière à Savannah, Daniel. C’est tout ce que je te demande.
Il hocha la tête, se retourna et quitta la suite d’un pas ferme.
Deux heures plus tard, depuis mon balcon, j’assistai au dénouement final. Un taxi jaune s’était arrêté devant le perron principal de l’hôtel. Vanessa en sortit en furie, traînant seule ses quatre valises volumineuses. Elle hurlait au téléphone, sans doute auprès d’un avocat ou de sa mère, son visage tordu par une rage hystérique. Daniel se tenait sur les marches de l’entrée, les mains dans les poches, la regardant charger elle-même ses bagages dans le coffre.
Elle ne lui accorda pas un regard avant de claquer la portière. Le taxi démarra dans un crissement de pneus, soulevant un nuage de poussière sous les palmiers avant de disparaître sur la route côtière.
Daniel resta là, immobile sur les marches de pierre, observant la voiture s’éloigner jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’un point à l’horizon. Puis, il tourna la tête, leva les yeux vers le dernier étage, vers ma terrasse.
Nos regards se croisèrent à travers la distance. Il ne souriait pas, mais il ne baissait plus la tête. Il redressa les épaules, fit un léger signe de la main, puis se dirigea d’un pas décidé vers la navette des départs pour l’aéroport. Pour la première fois depuis des années, je vis en lui l’ombre de son père : un homme prêt à affronter la tempête plutôt qu’à s’en cacher.
Monsieur Mercier entra discrètement sur la terrasse, portant un plateau d’argent sur lequel reposait un café fraîchement moulu et quelques fruits tropicaux.
— Madame Whitmore, les formalités de départ de votre famille ont été finalisées. Le complexe a retrouvé son calme habituel.
— Merci, Richard.
— Désirez-vous que je réserve une table pour vous ce soir au restaurant gastronomique ? La vue sur le coucher de soleil y sera splendide.
Je contemplai la baie turquoise qui s’étendait à perte de vue sous le ciel immaculé des Caraïbes. L’air était doux, le parfum des hibiscus montait des jardins, et pour la première fois depuis des mois, un sentiment de paix véritable m’envahit l’âme. J’avais repris le contrôle de ma vie, sauvé mon fils de la déchéance morale où il s’enlisait, et rappelé au monde que la bienveillance d’une femme n’est jamais synonyme de faiblesse.
— Oui, Richard, répondis-je avec un doux sourire en portant la tasse à mes lèvres. Réservez une table pour une personne. La meilleure de l’établissement. J’ai l’intention de savourer chaque seconde de mon séjour.