« Demain matin à huit heures, mon avocat déposera deux choses au tribunal : une plainte pénale pour faux, usage de faux, usurpation d’identité et tentative d’escroquerie en bande organisée, et une requête en divorce pour faute d’une gravité exceptionnelle. Ne rentre pas à l’appartement ce soir, Julien. Les serrures seront changées avant midi. »
Julien ne répondit rien. Il garda le front collé à ses genoux, vaincu par le poids de ses propres lâchetés.
Amélie sortit dans la nuit fraîche d’octobre. Elle descendit les marches de pierre qui menaient à la cour, sentant le gravier crisser sous ses bottes. L’air nocturne des hauteurs lyonnaises, vif et pur, nettoya instantanément ses poumons de l’odeur de cire, de vieux mensonges et de parfum capiteux qui empoisonnait la villa de Monique.
Elle monta à l’arrière de la berline noire.
« Où allons-nous, madame ? » demanda le chauffeur en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur.
« Dans le centre de Lyon », répondit-elle d’une voix claire, débarrassée de toute hésitation. « À l’hôtel des Célestins. »
La voiture s’ébranla, franchit la lourde grille en fer forgé de la propriété et s’engagea sur la route en lacets qui descendait vers la ville. Dans le rétroviseur, la somptueuse villa des Monts d’Or s’éloignait peu à peu, ses fenêtres allumées ressemblant à des yeux borgnes veillant sur un désastre que rien ne pourrait plus cacher.
Amélie posa sa main sur son sac. Le combat juridique qui s’annonçait allait être rude, complexe, épuisant. Vaneck et son réseau tenteraient de sauver leur peau en minimisant leurs actes, et la justice mettrait des mois à démêler l’écheveau de leurs malversations financières. Mais alors que les lumières scintillantes de Lyon se déployaient sous ses yeux dans la nuit, Amélie ne ressentait plus aucune peur.
Pour la première fois depuis des années, elle savait exactement qui elle était, où elle allait, et qu’aucun homme, sous aucun prétexte, n’écrirait plus jamais son destin à sa place.