Dans un concert de protestations hystériques et de sanglots étouffés, ils furent escortés jusqu’aux véhicules banalisés garés le long de l’allée. Avant de franchir le seuil, Daniel se retourna une dernière fois vers moi. Ses lèvres tremblaient, mais aucun son ne parvint à franchir la barrière de sa gorge.

Je ne dis rien. Je le regardai partir, tout comme j’avais regardé son cercueil moral descendre sous terre la veille au soir, lorsqu’il avait posé ce stylo d’argent devant moi avec un sourire d’assassin.

La porte d’entrée se referma dans un déclic lourd et rassurant.

Le silence reprit possession de Maple Ridge. Un silence pur, lavé de la perfidie et des mensonges qui avaient failli le souiller.

Thomas Croft s’approcha de la fenêtre, observant les voitures de police s’éloigner sous la pluie qui redoublait d’intensité sur les grands chênes.

« C’est terminé, Evelyn », dit-il doucement en se retournant vers moi. « Les scellés sont posés sur leurs affaires. Ton patrimoine est inviolable. »

« Ce n’est jamais vraiment terminé, Thomas », répondis-je en marchant lentement vers la photo d’Arthur posée sur la cheminée. « Mais au moins, la vérité a eu le dernier mot. »

J’effleurai du bout des doigts le cadre d’argent qui protégeait le sourire de mon époux. Arthur avait toujours dit que la patience était la plus redoutable des épées, pourvu qu’on sache attendre que l’adversaire s’embroche lui-même dessus.

Je me tournai vers mon vieil ami et lui désignai la porte de la cuisine avec un geste empreint d’une sérénité retrouvée.

« Viens, Thomas. Le café est encore tiède, et il me reste presque toute la tarte aux pommes d’hier. Pour mes soixante-dix ans, je m’étais promis un vrai petit-déjeuner de fête, sans aucun traître autour de la table. »