Elle pointa l’arme directement sur le front de Ruth, qui ferma les yeux en murmurant une prière silencieuse.
« Où est la clé, Ruth ? La photo n’était pas seule dans cette canne. J’ai vu le double fond. Où est la clé du coffre de la banque ? Donne-la-moi, ou je te tue ici et je laisse Caleb porter le chapeau pour matricide ! Tu as vu comme il s’est jeté sur moi avec rage ? La police croira facilement qu’une dispute a mal tourné ! »
Caleb analysa la situation à toute vitesse. Vanessa était instable, imprévisible, poussée dans ses derniers retranchements par la ruine de ses plans. Elle se tenait à trois mètres de lui, l’arme tremblante mais fermement verrouillée sur sa mère.
Il ne pouvait pas tenter une charge directe sans risquer qu’un coup de feu ne parte.
Il fallait faire diversion.
« Vanessa », dit Caleb d’un ton soudainement bas, calme, presque détaché.
Elle tourna une fraction de seconde son regard vers lui. « Quoi encore ? »
« Tu as raison sur une chose », déclara Caleb en fixant intensément ses yeux écarquillés. « Mon père n’était pas parfait. Mais il y a un détail qu’Arthur ne t’a jamais dit. Parce qu’il avait trop honte pour te l’avouer. »
Un froncement de sourcils marqua le front de Vanessa. « Qu’est-ce que tu racontes ? Mon père me disait tout ! »
« Pas ça », affirma Caleb, faisant un pas latéral imperceptible pour s’interposer progressivement entre l’arme et sa mère. « Ton père t’a fait croire que cette fortune lui revenait. Mais as-tu déjà regardé la date de création du fonds d’investissement principal de Thomas ? Il a été constitué en 1998. À cette époque, Arthur Vance n’était qu’un avocat stagiaire sans le sou. La personne qui a financé le premier capital… la personne dont le nom figure sur les actes authentiques originaux sous le pseudonyme ‘A.V.’… ce n’était pas Arthur Vance. »
Vanessa marqua une hésitation fatale. Ses yeux oscillèrent entre la confusion et le doute. « De quoi tu parles ? C’étaient les initiales de mon père ! »
« Non », coupa Ruth, comprenant instantanément la manœuvre de son fils. « C’étaient les initiales de ta grand-mère, Adélaïde Vance. La mère d’Arthur. C’est elle qui avait prêté l’argent à Thomas, parce qu’elle méprisait son propre fils qu’elle savait malhonnête. Le codicille stipule que si Arthur tentait un jour de voler cette entreprise, la totalité des parts devait être transférée à des œuvres de charité pour les enfants orphelins. Tu n’aurais jamais touché un seul centime, Vanessa. Pas un seul. Même avec le testament falsifié. »
« Vous mentez ! Vous mentez tous les deux ! » hurla Vanessa, perdant totalement le contrôle de ses nerfs.
Elle braqua l’arme vers Caleb dans un mouvement de rage pure.
C’était la fraction de seconde qu’il attendait.
Caleb ne recula pas. Il se jeta en avant de tout son poids.
Un coup de feu retentit, assourdissant, déchirant l’air confiné du salon. La balle traversa le dossier en velours du canapé dans un éclat de poussière et de mousse synthétique.
Caleb percuta violemment Vanessa au niveau de la taille. Tous deux s’écrasèrent lourdement sur le plancher. Le choc expulsa l’air des poumons de la jeune femme. L’arme glissa sur le bois ciré et alla se loger sous le buffet de la salle à manger.
Vanessa se débattit comme un animal sauvage, griffant le visage de Caleb, essayant d’atteindre ses yeux avec ses ongles manucurés.
« Lâche-moi ! Espèce de pourriture, lâche-moi ! »
Caleb bloqua ses poignets contre le sol avec une poigne de fer. Malgré la douleur cuisante des griffures qui lui déchiraient les joues, il ne relâcha pas sa prise d’un millimètre.
« C’est terminé, Vanessa », haleta-t-il, le visage à quelques centimètres du sien. « C’est terminé. »
Ruth, trouvant dans l’adrénaline un sursaut d’énergie miraculeux, s’était emparée du téléphone fixe posé sur la table basse. Ses mains tremblaient, mais sa voix fut d’une clarté absolue lorsqu’elle parla à l’opératrice des services d’urgence :
« Police, vite. Le 1448 Elm Street. Une femme armée a tenté de nous assassiner. Nous maîtrisons la suspecte au sol. Venez vite. »
Pendant les dix minutes qui suivirent, le salon resta plongé dans un cauchemar éveillé. Vanessa cessa de se débattre lorsqu’elle comprit l’inutilité de ses efforts. Elle resta clouée au sol, fixant le plafond d’un regard vide, empli d’une haine sourde et glaciale. Seul le bruit des sirènes qui approchaient au loin, déchirant le calme de la nuit de banlieue, vint rompre ce huis clos suffocant.
Les gyrophares bleus et rouges illuminèrent les rideaux du salon à travers les baies vitrées. Des bruits de portières qui claquent, des pas lourds qui montent le perron au pas de course.
La porte d’entrée s’ouvrit violemment.
« Police ! Ne bougez plus ! »
Quatre officiers armés firent irruption dans la pièce. Caleb relâcha lentement son étreinte et leva les mains en l’air pour montrer qu’il n’opposait aucune résistance. En quelques secondes, deux policiers plaquèrent Vanessa sur le ventre, ramenant ses bras dans son dos pour lui passer les menottes. Le cliquetis métallique du verrouillage scella définitivement le sort de la jeune femme.
« L’arme est sous le buffet à droite », indiqua calmement Caleb en se relevant péniblement, essuyant le sang qui coulait le long de sa joue.
Tandis qu’un agent récupérait le pistolet à l’aide d’un sachet plastique de preuve, les deux autres relevèrent Vanessa. Ses cheveux détrempés lui collaient au visage, sa robe autrefois somptueuse était déchirée et tachée de poussière. En passant devant Caleb pour être escortée vers la sortie, elle s’arrêta un instant.
Ses yeux croisèrent ceux de l’homme qu’elle avait manipulé avec tant de cynisme.
« Tu crois avoir gagné, Caleb ? » cracha-t-elle avec venin. « Tu n’es qu’un orphelin qui a passé sa vie à aduler l’image d’un père qui n’était qu’un lâche et un menteur. Tu passeras le reste de tes jours à douter de chaque femme qui posera les yeux sur toi. Je t’ai volé ta paix d’esprit, et ça, aucune justice ne te le rendra jamais. »