Je me suis approché de la table, sentant une gorge se nouer d’une émotion si intense qu’elle me brûlait les yeux. Mais ce n’étaient pas des larmes de tristesse.
J’ai pris le feutre rouge sur le comptoir, j’ai tiré un trait sur le “S” parfait de son dessin, et j’ai redessiné la lettre à l’envers, exactement comme elle l’avait faite le jour de sa fête.
Maisie écarquilla les yeux, indignée.
« Mais Papa ! Tu l’as mis à l’envers ! C’est pas comme ça qu’on écrit Maisie ! »
Je l’ai prise dans mes bras, la serrant si fort contre ma poitrine qu’elle poussa un petit rire étouffé.
« C’est exactement comme ça qu’on l’écrit, ma puce, lui murmurai-je à l’oreille. C’est la signature de la maison. C’est ce qui prouve que personne d’autre au monde n’aurait pu faire ce gâteau. C’est notre marque à nous. La seule qui soit authentique jusqu’au dernier grain de sucre. »
Elle me regarda un instant, cherchant à comprendre le fond de mes pensées avec cette sagesse instinctive et lumineuse que possèdent parfois les enfants qui ont grandi un peu trop vite. Puis son visage s’illumina d’un immense sourire édenté sur le côté gauche.
« D’accord, dit-elle en enfilant son tablier à pois. Mais c’est moi qui allume les bougies. Et cette fois, Papa… personne n’a le droit de souffler avant que j’aie dit “maintenant”. »
« Promis, Maisie. Personne. »
Nous avons passé la soirée à battre la crème, à écraser les fraises et à rire dans la cuisine enfarinée, pendant que dehors, dans le foyer éteint sous les premières étoiles du Dakota, le vent d’automne emportait les dernières cendres d’un luxe en plastique dont nous n’avions jamais eu besoin.