« Tout ce qui appartenait à ton père est consigné auprès de l’administrateur judiciaire », murmura-t-il en tirant un trousseau de clés de sa poche intérieure pour le poser au sol, à ses pieds. « Les comptes sont saisis. Ils ne pourront plus jamais toucher à un centime de ton héritage, ni poser un regard sur cet enfant. Je m’en vais avec eux. J’ai falsifié des registres pour accéder à ces coffres ; je répondrai de mes actes devant la cour. »

Un officier de police s’approcha avec déférence d’Éléonore, lui tendant un manteau d’uniforme sombre pour recouvrir sa robe déchirée. La jeune femme accepta l’étoffe avec une sobre dignité, l’enveloppant autour de ses épaules tremblantes sans jamais quitter Julien des yeux.

« Va », dit-elle simplement, sans colère et sans pardon. « Réponds de ce que tu as fait. Et si jamais un jour tu veux voir le visage de ton fils, ce ne sera pas à travers l’ombre de ta famille, mais par la seule vérité que tu seras capable de bâtir de tes propres mains. »

Alors que les sirènes des fourgons de police commençaient à déchirer la nuit pluvieuse à travers les immenses grilles ouvertes du domaine, Éléonore fit volte-face. Elle dépassa les invités muets de stupeur, franchit le seuil du manoir sans un regard pour le désastre derrière elle, et marcha vers la lumière brute des gyrophares, le dos droit, la main fermement posée sur la vie qui continuait de battre en elle.