Je quittai la salle d’audience d’un pas mesuré, respirant l’air frais de l’automne sur les marches du palais. Paige m’attendait en bas, poussant la poussette où Nora, désormais âgée de presque un an, gazouillait joyeusement en agitant ses petits chaussons de laine.

« Alors ? » demanda Paige doucement, un sourire timide éclairant son visage.

« C’est fini », lui répondis-je. « Tout est fini. »

Je me penchai sur la poussette. Nora leva ses grands yeux brillants vers moi et tendit ses petits bras potelés pour attraper mon collier. Je la pris dans mes bras, sentant son odeur douce de savon et d’innocence, un baume vivant sur toutes les cicatrices du passé.

Grant avait cru pouvoir me réduire à une simple exécutante, un instrument silencieux destiné à perpétuer son nom et à combler les caprices de sa mère tout en payant leurs dettes. Il avait confondu ma douceur avec de la naïveté, et ma patience avec de la soumission. Mais une mère qui protège son enfant n’est pas une proie ; elle est une forteresse.

En marchant le long de l’avenue bordée d’arbres dorés, serrant Nora contre mon cœur, je savais qu’elle grandirait avec l’exemple d’une femme qui ne baisse jamais les yeux, et avec le nom d’une grand-mère qui savait que le véritable pouvoir ne réside pas dans les cris, mais dans la force inébranlable de la vérité.