Garance esquissa un sourire timide, s’avança d’un pas et posa ses petites mains fraîches sur mes tempes pour essuyer les larmes qui coulaient sur mes joues. À cet instant précis, le souvenir glacial d’Henri de Courcelles, ses millions amers, ses menaces d’outre-tombe et sa tombe de marbre noir s’effondrèrent dans le néant. Il croyait avoir gagné en nous séparant. Il croyait que sa volonté écraserait la vie. Mais la vie avait germé dans l’ombre, protégée par le courage héroïque d’une femme bafouée, et elle éclatait aujourd’hui au grand jour dans le regard d’une enfant de neuf ans.

Marion s’approcha à son tour. Elle s’agenouilla près de nous, entourant de ses bras frêles les épaules de Garance. Ses doigts effleurèrent ma veste, là où, quelques heures plus tôt, reposait encore sa photographie froissée.

— C’est fini, Guillaume ? me demanda-t-elle dans un souffle tremblant. C’est vraiment fini ?
— Non, lui répondis-je en posant ma main sur la sienne, sentant pour la première fois la chaleur réelle de sa peau. Ce n’est pas fini. Tout commence aujourd’hui.

Dehors, le vent d’automne balayait les ruelles de Lyon, chassant les feuilles mortes vers le Rhône. Mais à l’intérieur de cette petite maison aux volets bleus, pour la première fois depuis près d’une décennie, l’hiver venait enfin de rendre les armes.