Dans cette nouvelle maison, il n’y avait pas de secrets, pas de faux-semblants. Et surtout, il y avait une règle immuable, respectée avec une ferveur sacrée : aucune porte intérieure n’était jamais fermée à clé. Les placards étaient bas, ouverts, remplis de jouets et de couvertures douces.

Ce soir-là, le soleil déclinait lentement sur l’horizon, embrasant l’océan de reflets pourpres et dorés. David posa son rabot et essuya la sciure qui couvrait ses bras avant de rentrer dans la cuisine chaleureuse où mijotait une soupe paysanne.

Léa était assise sur un tapis au milieu de la pièce, baignée par la lumière ambrée du crépuscule. Elle ne portait plus son vieux sweat gris aux manches déchirées par l’angoisse, mais une salopette jaune vif maculée de peinture à l’eau. En voyant son père entrer, son visage s’illumina d’un sourire radieux, éclatant, pur de toute ombre.

— Papa ! Regarde ! cria-t-elle en brandissant fièrement une feuille de papier.

David s’agenouilla à sa hauteur et prit le dessin. Au milieu des gribouillages colorés, elle avait tracé une immense porte grande ouverte d’où jaillissaient des rayons jaunes, et deux silhouettes qui se tenaient la main, marchant résolument vers le soleil.

David serra sa fille contre son cœur, humant l’odeur d’enfance, de savon et de sciure qui émanait de ses cheveux bouclés. Il n’y avait plus de tremblements dans ses petits bras. Les nuits de terreur s’étaient lentement effacées, dissoutes dans la certitude inébranlable que rien, jamais, ne viendrait éteindre la lumière autour d’elle.

Par la fenêtre ouverte, la brise marine gonflait doucement les rideaux de lin blanc. David ferma les yeux un instant, savourant le silence paisible de la maison. Il avait tout perdu de ce que le monde considérait comme précieux : la renommée, le luxe, le confort d’une existence dorée. Mais en regardant sa fille rire aux éclats en poursuivant un papillon imaginaire sur le plancher ciré, il savait avec une clarté absolue qu’il n’avait jamais été aussi riche.