« Elle est indestructible celle-ci », dit Auguste d’une voix adoucie par cinquante ans d’amitié fraternelle. « Parce qu’elle n’a pas été faite pour une fête, Eleanor. Elle a été faite pour te rappeler que tant que je serai en vie, et tant que tu respireras, rien de ce que Thomas a semé ne pourra être effacé par la sottise des hommes. »
Mes doigts effleurèrent la porcelaine du socle sans trembler. Pour la première fois depuis quarante-huit heures, une larme coula sur ma joue, mais ce n’était plus une larme d’amertume ou de solitude. C’était la paix âpre et magnifique de ceux qui ont défendu leur sanctuaire.
Au loin, à travers les vitres de la voiture qui avalait l’asphalte sombre de l’autoroute, les silhouettes imposantes des vieux chênes d’Oakridge Manor commençaient à se profiler sous la lune d’octobre. La vieille demeure se dressait fièrement dans la nuit, solide, majestueuse et inviolable, prête à accueillir l’aube d’un jour nouveau où plus personne n’oserait jamais venir troubler le sommeil sacré de ceux que j’avais aimés.