« Ne t’approche pas d’elle », coupa Marcus, dont la main glissa sous son blouson, révélant la crosse d’un Sig Sauer P226 dans son holster d’épaule. Son ton était dépourvu de toute menace théâtrale : c’était une constatation pure et simple. « Encore un pas vers elle, et je te brise la rotule droite. »
Ethan s’arrêta net, pétrifié.
Grace fit enfin un pas en avant. Son regard n’exprimait ni colère, ni haine, ni même mépris. Elle le regardait comme on contemple les débris d’un objet bon marché que l’on a trop longtemps pris pour de la porcelaine fine.
« J’aurais pu tout te pardonner, Ethan », dit-elle doucement, chaque mot tombant comme un couperet dans le silence de la pièce. « J’aurais pu pardonner tes retards. J’aurais pu pardonner ton orgueil grandissant, tes silences au petit-déjeuner, tes costumes toujours plus chers et tes sourires toujours plus froids. J’aurais même pu pardonner le fait que tu aies couché avec cette femme dans des hôtels payés avec les cartes de crédit de notre société. »
Lauren tressaillit, baissant les yeux vers ses escarpins.
« Mais ce soir, tu l’as amenée sous notre toit le jour de notre anniversaire », poursuivit Grace, sa voix s’élevant d’un ton, vibrante d’une majesté blessée mais souveraine. « Et quand tu as été mis face à ta propre bassesse, tu as levé la main sur moi. Tu as levé la main sur la mère de ton enfant. »
« Grace, pardonne-moi ! J’étais hors de moi, je ne savais pas ce que je faisais ! C’est le stress du contrat, je te le jure ! » Ethan tomba à genoux sur le parquet, les mains jointes, pleurant pour de vrai à présent, des larmes épaisses et honteuses coulant sur ses joues rougies. « C’est elle ! C’est Lauren qui m’a manipulé ! Elle m’a dit que tu me ralentissais, que j’avais besoin d’une femme d’affaires à mes côtés pour franchir un palier ! Grace, regarde-moi ! C’est notre famille ! On va avoir un bébé ! »
Lauren ouvrit de grands yeux horrifiés face à cette trahison immédiate. « Ethan ! Espèce de lâche misérable ! C’est toi qui es venu pleurer dans mon lit en disant que ta femme était une potiche sans ambition ! »
« Tais-toi ! » hurla Ethan, se tournant vers elle avec une haine pure. « Fous le camp de chez moi ! Disparais ! »
« Assez », trancha Alexander d’une voix qui fit trembler les lustres de cristal.
Les deux amants se figèrent instantanément.
Christian ouvrit sa serviette de cuir et en sortit trois liasses de documents impeccablement reliés. Il s’approcha de la table à manger, écarta négligemment l’assiette de rôti de bœuf refroidi et le seau à champagne, puis étala les papiers sur le bois ciré.
« Voici la réalité de ta situation, Ethan », annonça Christian en ajustant ses lunettes. « Document un : la clause résolutoire immédiate de la ligne de crédit du fonds Vanguard Horizon. En vertu de l’article 14-B relatif à la faute morale et à l’atteinte physique aux bénéficiaires directs, nous déclarons le prêt exigible dès ce soir, minuit. Cela représente un remboursement immédiat de quatre millions six cent mille dollars en capital et intérêts cumulés. »
Ethan écarquilla les yeux, suffoquant. « Je n’ai pas cette somme en liquidités ! Tout est bloqué dans les fondations de Southgate ! »
« Je sais », poursuivit Christian sans ciller. « Document deux : la révocation unilatérale de l’agrément municipal pour Southgate. À l’heure où je te parle, le président du conseil a reçu un dossier complet contenant les relevés bancaires prouvant les rétrocommissions versées à mademoiselle Pierce sur un compte non déclaré aux Bahamas. Le permis de construire sera révoqué demain matin à huit heures précises par décret extraordinaire. La ville engagera des poursuites pour tentative de corruption d’agents publics. »
Lauren poussa un gémissement d’agonie et s’assit lourdement sur la banquette du couloir, enfouissant son visage dans ses mains.
« Et enfin, document trois », conclut Christian en tendant un stylo plume en or vers Ethan. « Un accord de séparation amiable et de renonciation totale à la communauté de biens. Tu abandonnes l’intégralité de tes parts dans Walker Development à Grace. Tu renonces à cette maison, à tous tes comptes d’épargne conjoints, et surtout, tu signes une renonciation irrévocable à tes droits parentaux sur l’enfant à naître. Tu n’auras aucun droit de visite, aucun droit de regard, aucun droit de porter le nom de cet enfant sur quelque document légal que ce soit. »
Ethan leva les yeux vers Grace, une terreur absolue peinte sur les traits de son visage. « Non… Grace, non ! Tu ne peux pas me prendre mon enfant ! Je suis son père ! »
« Un père ne frappe pas la femme qui porte sa descendance », répliqua Alexander, descendant d’un pas pour se poster directement au-dessus d’Ethan à genoux. L’aîné des Sterling paraissait immense, une montagne sombre prête à écraser l’insecte qui rampait à ses pieds. « Tu as deux options, petit homme. Première option : tu refuses de signer. Dans ce cas, Marcus dépose immédiatement une plainte pour violences conjugales aggravées avec le certificat médical que nous ferons établir dans une heure. Tu passeras la nuit en cellule de détention préventive. Demain matin, la faillite frauduleuse de ta société sera annoncée dans la presse financière, suivie par ton inculpation pour corruption à Southgate. Dans six mois, tu seras incarcéré dans un pénitencier fédéral, ruiné, dépouillé de chaque centime, et ton nom sera traîné dans la boue pour le restant de tes jours. »
Alexander marqua une pause, laissant le poids de l’anéantissement s’enfoncer dans l’esprit brisé de son beau-frère.
« Seconde option : tu signes ces papiers. Tout de suite. Tu prends tes effets personnels dans un seul sac de sport, et tu quittes cette maison à pied. Nous ne déclencherons pas les poursuites pénales pour corruption. Nous laisserons la faillite de ta société se régler par voie civile sans dénonciation criminelle publique. Tu seras ruiné, mais tu seras libre. Tu pourras recommencer ta vie là où tu as commencé : avec rien d’autre que ta médiocrité et tes regrets. »