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Gabriel, de son côté, découvrait une autre forme de trahison.

Victor Morel, son principal lieutenant, travaillait avec lui depuis presque quinze ans.

Il avait progressivement pris le contrôle de plusieurs sociétés liées au transport et à la restauration.

Gabriel savait que certaines de ces activités servaient à dissimuler des revenus criminels.

Il en avait profité.

Mais Victor avait commencé à détourner une partie des sommes et à imposer ses propres arrangements à des établissements vulnérables.

Le Palais d’Or figurait parmi eux.

Lorsque Gabriel avait demandé à examiner les comptes, Victor avait compris que son pouvoir risquait de s’effondrer.

Il avait alors organisé l’embuscade.

Les deux hommes envoyés au restaurant étaient censés faire disparaître Gabriel avant qu’il puisse reprendre le contrôle de ses affaires.

La tentative avait échoué.

Pourtant, Victor conservait un avantage : il connaissait les employés qui avaient été contraints de collaborer avec ses sociétés.

Et il pouvait encore les menacer.

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Trois jours après l’attaque, Céline m’a demandé de la rejoindre dans son bureau.

Elle avait les yeux rougis.

Sur son bureau se trouvaient plusieurs factures et un registre de livraisons.

« J’ai quelque chose à t’avouer », a-t-elle murmuré.

Elle m’a expliqué qu’un an auparavant, le restaurant avait accumulé des dettes importantes.

Victor lui avait proposé un accord commercial qui promettait de maintenir l’établissement à flot.

Au début, il fournissait des marchandises à des tarifs avantageux.

Puis ses exigences avaient changé.

Il avait imposé des factures que Céline ne comprenait pas entièrement et exigé l’utilisation du quai de livraison en dehors des horaires habituels.

Lorsqu’elle avait voulu rompre l’accord, il avait menacé de provoquer la fermeture du restaurant.

« Pourquoi ne nous avez-vous rien dit ? » ai-je demandé.

Céline s’est essuyé les yeux.

« J’avais peur que vous perdiez tous votre travail. »

Je lui ai montré le badge figurant sur une photographie prise après l’attaque.

Elle a immédiatement reconnu son numéro.

Son visage s’est décomposé.

« C’est celui que j’ai remis au représentant de Victor. »

J’ai senti mon estomac se nouer.

« Vous avez laissé entrer ces hommes ? »

« Je croyais qu’ils venaient pour une réunion privée. Je ne savais pas qu’ils allaient attaquer Gabriel. »

Elle avait peut-être dit la vérité sur son ignorance du projet d’assassinat.

Mais elle avait volontairement dissimulé un accès accordé à des personnes extérieures.

Son silence nous avait tous mis en danger.

« Il faut raconter cela aux enquêteurs », ai-je répondu.

Céline a fermé les yeux.

« Ils pourraient me poursuivre. »

« Peut-être. Mais continuer à mentir ne nous protégera pas. »

***

Le soir même, j’ai été contactée par l’avocate de Gabriel.

Il souhaitait me parler.

J’ai accepté uniquement dans un cadre où je me sentais en sécurité.

Lorsque je l’ai revu, son visage portait encore les traces de l’agression.

Son costume bleu nuit avait été remplacé par une chemise simple.

Il s’est levé lorsque je suis entrée.

« Manon. »

« Gabriel. »

Nous nous sommes assis face à face.

« J’ai appris ce qui se passait dans votre restaurant », a-t-il commencé.

« Alors vous savez que votre organisation nous a utilisés. »

Il a acquiescé.

« Victor agissait avec une liberté que je lui avais laissée. »

« Vous parlez comme si tout était de sa faute. »

Il a baissé les yeux.

Je me suis penchée vers lui.

« Vous dirigiez cet empire. Vous ne pouvez pas prétendre découvrir aujourd’hui qu’il faisait souffrir les gens. »

Il est resté silencieux.

Puis il a répondu :

« Tu as raison. »

Ces trois mots m’ont surprise.

Je m’attendais à des excuses inventées ou à une nouvelle démonstration de puissance.

« Alors qu’allez-vous faire ? »

« Je vais coopérer avec les enquêteurs. Je vais leur donner ce que je sais. »

« Même si cela vous conduit en prison ? »

Il m’a regardée.

« Même dans ce cas. »

J’ai pensé à l’homme qui avait crié qu’il quittait la mafia en sortant du restaurant.

Cette fois, sa promesse avait enfin des conséquences concrètes.

***

Victor n’avait aucune intention de le laisser partir tranquillement.

Quelques jours plus tard, Céline a reçu un message exigeant qu’elle retire ses déclarations.

D’autres employés ont commencé à recevoir des appels intimidants.

Un soir, en quittant mon appartement, j’ai remarqué un homme qui semblait m’attendre près de l’entrée.

Je suis retournée à l’intérieur et j’ai signalé l’incident.

J’ai également prévenu mon avocate.

Je refusais que ma peur soit utilisée pour me faire taire.

Gabriel a appris ce qui se passait.

Lorsqu’il m’a appelée, sa voix était tendue.

« Je peux faire venir des hommes pour te protéger. »

« Non. »

« Manon, Victor est dangereux. »

« Justement. Je ne veux pas remplacer les hommes de Victor par les vôtres. »

Il a gardé le silence.

« Si vous voulez réellement changer, laissez-moi décider de ma sécurité avec les personnes compétentes. »

Après quelques secondes, il a répondu :

« D’accord. »

Ce simple accord comptait davantage que les promesses grandioses qu’il avait faites dans le parking.

***

L’enquête a duré plusieurs mois.

Les déclarations de Céline, les enregistrements du restaurant et les documents commerciaux ont permis de mieux comprendre comment Victor avait utilisé l’établissement.

Les informations fournies par Gabriel ont également contribué à établir les responsabilités au sein de son organisation.

Les deux assaillants ont été identifiés, puis poursuivis dans le cadre de la procédure.

Victor a fini par être arrêté.

Pour moi, cette arrestation n’a pas représenté une victoire spectaculaire.

Elle m’a surtout permis de dormir une nuit entière sans craindre de retrouver un inconnu devant mon immeuble.

Le restaurant a connu des difficultés financières, et plusieurs salariés ont dû chercher du travail ailleurs.

Nous avons organisé notre défense collective pour obtenir les sommes qui nous étaient dues.

Céline a reconnu ses erreurs devant les personnes concernées.

Elle n’a pas été transformée en héroïne pour avoir fini par dire la vérité. Elle avait laissé ses employés dans l’ignorance et devait répondre de ses décisions.