Un an jour pour jour après les événements du yacht, une grande cérémonie d’inauguration fut organisée dans le sud de la France pour célébrer l’ouverture du premier centre de réhabilitation de la fondation, installé dans un magnifique domaine viticole réaménagé au milieu des pins parasols.
Vêtue d’une robe simple mais élégante, mes cheveux coupés court dans ce style déterminé qui me ressemblait tant, je parcourais les allées fleuries à la rencontre des premiers résidents. Des hommes et des femmes marqués par les épreuves, mais dont les yeux commençaient à refléter l’espoir.
Une silhouette familière, en costume civil cette fois mais dont la démarche assurée trahissait immédiatement l’homme d’action, apparut au bout de l’allée centrale. Le brigadier Jacques, qui avait récemment été promu capitaine au sein de la police judiciaire pour son courage exemplaire dans le démantèlement du réseau Mercier, avançait vers moi un bouquet d’immortelles à la main.
— Capitaine Jacques, saluai-je en lui tendant la main avec un sourire éclatant. Vous êtes venu.
Il écarta ma main tendue pour m’attirer dans une étreinte chaleureuse et fraternelle.
— Je ne pouvais pas manquer cela, Élodie. Quand je vous ai vue sur ce pont il y a un an, prisonnière de vos bandages et entourée de prédateurs, j’ai su que vous étiez faite d’un métal rare. Mais voir ce que vous avez bâti de cette douleur… cela dépasse tout ce que j’imaginais.
— Nous n’avons fait que rendre justice, Jacques. Pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui n’ont pas la force de renverser leur propre fauteuil.
Nous nous sommes tournés ensemble vers la grande bâtisse en pierre blanche où flottait fièrement, côte à côte, le drapeau tricolore et l’étendard de la fondation.
Laurent croupissait au fond d’une cellule pour les vingt prochaines années, oublié de tous, dépossédé de chaque centime qu’il avait tenté de voler par le crime. Et moi, debout sur la terre ferme, le cœur allégé et le regard tourné vers l’avenir, je savais enfin que ma véritable mission ne faisait que commencer.