L’homme répondit simplement :
« Non. Mais je peux leur demander de venir discuter. »
Il regarda Nathan.
« Vous accepteriez de rester avec moi quelques minutes ? »
Nathan hésita.
Puis hocha la tête.
« Oui, monsieur. »
À cet instant, un homme en costume sombre apparut dans l’allée.
Il semblait avoir une cinquantaine d’années.
Il marchait rapidement.
Lorsqu’il aperçut le vieillard, son expression changea.
« Monsieur Delattre ! »
Vanessa se retourna.
L’homme approcha.
« Nous vous cherchions depuis près de vingt minutes. »
Le vieillard sourit faiblement.
« Je me doute. »
« Le commandant a bien reçu votre appel. Le départ sera réorganisé dans la limite des autorisations nécessaires. »
« Merci, Antoine. »
L’homme s’appelait Antoine Mercier.
Il était directeur des opérations d’une compagnie aérienne régionale française.
Vanessa le reconnut.
Elle avait déjà assisté à plusieurs réunions professionnelles où il intervenait.
Il était connu dans le secteur.
Mais surtout, il travaillait pour une société dont les contrats représentaient des enjeux importants pour plusieurs prestataires.
Antoine observa la situation.
Le vieillard assis.
Nathan debout à ses côtés.
Vanessa visiblement tendue.
Puis il demanda :
« Que s’est-il passé ? »
Georges Delattre répondit calmement :
« Ce jeune homme m’a aidé. »
Antoine hocha la tête.
« Très bien. »
« Et sa responsable vient de lui annoncer qu’il était licencié. »
Le visage d’Antoine se ferma.
« Pour quelle raison ? »
Vanessa intervint immédiatement.
« Il s’agit d’un refus d’obéissance. »
Georges leva doucement la main.
« Il s’agit surtout d’un jeune homme qui m’a aidé à m’asseoir alors que je ne tenais plus correctement debout. »
Antoine regarda Nathan.
« C’est exact ? »
« Oui, monsieur. »
« Vous avez quitté votre zone ? »
« Seulement de quelques mètres. Mon chariot est toujours là. »
Antoine regarda le chariot.
Puis Vanessa.
« Nous allons faire vérifier les faits. »
Vanessa tenta de reprendre contenance.
« Je souhaite simplement que les règles soient respectées. »
Georges répondit doucement :
« Moi aussi. »
Il marqua une pause.
« Toutes les règles. Y compris celles qui concernent l’assistance aux voyageurs et le respect du personnel. »
Quelques minutes plus tard, Georges fut installé dans une salle calme du terminal.
Nathan l’accompagna.
Antoine avait proposé de faire venir un agent d’assistance.
Le vieillard avait accepté.
Mais il avait insisté pour que Nathan puisse terminer sa conversation avec lui.
Vanessa, elle, était retournée dans son bureau.
Elle essayait de comprendre ce qui venait de se passer.
Le nom de Georges Delattre lui semblait familier.
Elle l’avait déjà entendu.
Peut-être lors d’une réunion.
Ou dans un dossier.
Puis soudain, elle se souvint.
Une convention professionnelle.
Un projet de modernisation des services.
Une fondation.
Et un homme dont la présence avait été annoncée lors d’une rencontre importante.
Elle ouvrit précipitamment son ordinateur.
Chercha le nom.
Et resta figée.
Georges Delattre.
Fondateur du groupe Ailes de France.
Ancien commandant de bord.
Entrepreneur.
Président d’une fondation spécialisée dans l’accompagnement des voyageurs vulnérables.
Son groupe avait des partenariats dans le transport aérien régional, la formation technique et l’assistance aux personnes à mobilité réduite.
Vanessa sentit son cœur se serrer.
Elle venait de menacer de faire licencier un agent d’entretien devant l’homme qui consacrait une partie de sa fortune à améliorer l’accueil des voyageurs fragiles.
Et cet homme avait été lui-même mal accueilli dans sa zone.
Dans la salle calme, Nathan s’était assis en face de Georges.
Le vieillard avait bu un verre d’eau.
Il paraissait moins fatigué.
« Vous avez peur pour votre emploi ? » demanda-t-il.
Nathan baissa les yeux.
« Oui. »
Georges attendit.
Le jeune homme poursuivit :
« J’aide ma mère. Et ma sœur fait des études. »
« Vous êtes l’aîné ? »
« Oui. »
Georges hocha la tête.
« Ce n’est pas toujours une place facile. »
Nathan eut un petit sourire.
« On s’habitue. »
Le vieillard l’observa.
« Et vous, qu’aimeriez-vous faire ? »
Nathan fronça les sourcils.
« Comment ça ? »
« Si vous pouviez choisir. »
Le jeune homme hésita.
Puis répondit :
« J’aimerais travailler dans l’organisation des opérations aéroportuaires. »
Les yeux de Georges s’animèrent.
« Vraiment ? »
Nathan hocha la tête.
« J’avais commencé une formation. Mais j’ai dû arrêter. »
« Pourquoi ? »
« Des problèmes familiaux. »
Georges ne posa pas immédiatement d’autres questions.
Il connaissait cette manière de répondre.
Les personnes qui ont passé des années à porter les soucis des autres finissent souvent par parler de leur propre vie comme si elle n’était pas importante.
« Vous aimez cet environnement ? »
Nathan regarda vers les fenêtres.
« Oui. »
Il sourit légèrement.
« Même après trois ans de nettoyage. »
Georges rit doucement.
« C’est bon signe. »
Nathan poursuivit :
« J’aime comprendre comment tout fonctionne. Les équipes. Les déplacements. La coordination. »
Il prit une respiration.
« Un aéroport, c’est comme une petite ville. Mais une ville où tout doit arriver au bon moment. »
Georges sourit.
« C’est une belle définition. »
Nathan baissa les yeux.
« Sauf que je n’ai pas pu finir mes études. »
Le vieillard resta silencieux.
Puis demanda :
« Vous avez abandonné votre rêve ? »
Nathan réfléchit.
« Je crois que je l’ai mis de côté. »
Georges hocha lentement la tête.
« Il y a une différence. »
Le véritable secret de Georges Delattre remontait à huit ans.
À l’époque, il dirigeait encore activement son groupe.
Sa fille unique, Claire, travaillait dans le domaine social.
Elle avait trente-huit ans.
Elle était intelligente.
Indépendante.
Et profondément engagée auprès des personnes âgées et des voyageurs ayant des difficultés de mobilité.
Claire utilisait elle-même parfois un fauteuil roulant à la suite d’une maladie neurologique qui avait progressivement limité ses déplacements.
Elle connaissait donc parfaitement les obstacles que rencontraient certaines personnes dans les grandes infrastructures.
Les longues distances.
Les comptoirs difficiles d’accès.
Les attentes imprévues.
Le manque d’informations.